L'Invité

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La porte du salon s'ouvrit.
Agnès se tenait dans l'encadrement, le visage fermé, les mains jointes devant son tablier.
« Un homme demande à voir Monsieur Julien. Il dit que c'est urgent. »
Olivier Lacroix leva les yeux du dossier. « Nous sommes en réunion privée. Dites-lui de repasser. »
« Il dit que c'est au sujet du véhicule, » répondit Agnès. Son regard ne quitta pas Julien.
Le mot « véhicule » tomba dans le silence de la pièce comme une pierre dans une mare. Séverine ne réagit pas. Mais sa main droite, celle qui tenait le stylo qu'elle utilisait pour annoter sa copie de l'acte, s'immobilisa.
Julien hocha la tête. « Faites-le entrer. »
« Julien, ce n'est pas le moment, » protesta Olivier. « Garnier a un autre rendez-vous à seize heures. On ne va pas — »
« Faites-le entrer, Agnès. »
Agnès disparut. Dix secondes. Puis des pas dans le couloir. Deux personnes.
Maître Duval entra dans le grand salon du Château de Valcourt avec sa mallette noire et un air de quelqu'un qui fait exactement ce qu'il a prévu de faire depuis cinq mois.
« Bonjour. Maître Duval, avocat au barreau de Paris. Je représente Monsieur Julien Beaumont. »
Le sourire d'Olivier Lacroix s'effaça. Pas d'un coup. Par étapes. D'abord la bouche. Puis les yeux. Puis les épaules, qui se redressèrent d'un centimètre, comme un animal qui sent un danger.
« Un avocat ? » dit Garnier. « Monsieur Beaumont n'avait pas mentionné — »
« Monsieur Beaumont mentionne ce qu'il souhaite mentionner, Maître, » dit Duval en posant sa mallette sur la table. À côté de l'acte de donation. Comme un contre-argument physique. « Et il souhaite mentionner plusieurs choses avant toute signature. »
Séverine se tourna vers Julien. Son visage était calme, mais ses yeux ne l'étaient pas.
« Tu as engagé un avocat, » dit-elle. « Sans m'en parler. »
« Tu as créé une SCI pour prendre ma maison, » répondit Julien. « Sans m'en parler. On est quits. »
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Duval ouvrit la mallette.
Mathilde, depuis sa chaise dans le coin, regarda les documents se poser sur la table un par un. Comme des cartes retournées dans une partie qui dure depuis sept mois.
Le rapport de l'expert judiciaire. Sabotage du circuit de freinage. Conclusions sans ambiguïté.
Les relevés bancaires. Quarante-deux mille euros retirés en espèces par Olivier Lacroix sur une période de deux mois.
L'e-mail de Séverine. « Papa, j'ai déposé la voiture de Julien chez Méchain comme convenu. »
Et le statut de la SCI Valcourt Patrimoine, créée un mois après l'accident, quand personne ne savait encore si Julien survivrait.
Garnier prit le rapport d'expertise. Le lut. Le relut. Ses lunettes glissèrent sur son nez. Il ne les remonta pas.
Olivier Lacroix ne bougea pas. Pendant trente secondes exactement, il ne bougea pas. Mathilde compta. Elle avait appris à compter les silences, ces derniers jours. Celui-ci était le plus long.
Puis il parla. Calme. Contrôlé. La voix d'un avocat d'affaires qui a passé trente ans à gérer des crises.
« Ces documents sont des allégations sans valeur probante. Un rapport commandé par la partie plaignante. Des relevés bancaires sortis de leur contexte. Un e-mail qui ne prouve rien. »
Duval sourit. Pas chaleureusement.
« Vous avez raison, Maître Lacroix. Un e-mail ne prouve rien. C'est pourquoi mon client a également déposé une plainte auprès du procureur de la République de Tours. Ce matin. À huit heures. Le parquet a ouvert une enquête préliminaire pour tentative d'homicide et abus de faiblesse. »
Le silence changea. Ce n'était plus un silence d'attente. C'était un silence de chute libre.
Séverine pâlit. Pas lentement, d'un coup, comme un drap qu'on retire d'un tableau.
Hélène Beaumont pressa ses mains l'une contre l'autre, si fort que les veines saillaient.
Garnier reposa le rapport sur la table. « Je suspends la procédure de signature, » dit-il. Sa voix était plate. Professionnelle. La voix d'un homme qui vient de comprendre qu'il a failli contresigner un acte lié à un crime.
Olivier se leva. « C'est absurde. Julien, tu ne peux pas — »
Et Julien fit la chose que personne, dans cette pièce, sauf Mathilde et Duval, savait qu'il pouvait faire.
Il posa ses mains sur les accoudoirs du fauteuil. Poussa. Et se leva.
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Lisez la suite, Chapitre 10 — parce que ce qui se passe après que Julien se lève va détruire chaque mensonge dans cette pièce.
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