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L'Alliance

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« J'ai besoin de vous, Mathilde. »

Il avait dit ça sans emphase. Comme il disait « deux sucres, pas de lait ». Comme un fait.

Mathilde était encore assise sur la chaise, le dossier du mécanicien sur les genoux. Dehors, le gardien avait terminé sa ronde. Le château était silencieux.

« J'ai un avocat, » continua Julien. « Maître Duval, à Paris. Il travaille sur le dossier depuis cinq mois. Mais Duval ne peut pas être ici. Il ne peut pas observer ce qui se passe au quotidien. Les conversations. Les documents qui circulent. Les détails. »

« Et moi, je peux. »

« Vous êtes la seule personne dans cette maison qui a traversé la cour hier soir. »

Ce n'était pas de la flatterie. C'était un constat. Mathilde le sentit dans sa voix, dans la façon dont il la regardait, sans cette condescendance douce qu'il réservait aux autres.

« Je suis femme de chambre, Monsieur. Julien. Je nettoie, je range, j'apporte le café. Je ne suis pas enquêtrice. »

« Vous avez fait trois ans de droit à Nantes. »

Elle se figea.

« Agnès parle trop, » murmura-t-elle.

« Agnès n'a rien dit. J'ai regardé votre dossier d'embauche. BTS gestion hôtelière, mais avant ça, L1 et L2 de droit à l'université de Nantes. Mention bien. Abandon en L3. »

*L3.* L'année où tout avait basculé. Le loyer impayé. Les jobs de nuit au supermarché qui ne suffisaient plus. La bourse perdue parce qu'elle avait raté les rattrapages en travaillant quarante heures par semaine. Et puis l'agence d'intérim, l'hôtellerie, les contrats courts, et finalement cette annonce pour un poste au Château de Valcourt.

« J'ai arrêté par choix, » dit-elle. Ce qui était un mensonge, et ils le savaient tous les deux.

« Vous avez arrêté parce que vous n'aviez pas le choix. C'est différent. » Julien posa ses mains à plat sur les accoudoirs. « Ce que je vous demande n'est pas compliqué. Continuez à faire exactement ce que vous faites. Le café, le ménage, le fauteuil. Mais gardez les yeux ouverts. Si des documents passent par le bureau, lisez-les. Si Séverine ou son père parlent au téléphone, écoutez. Et une fois par semaine, racontez-moi. »

« C'est de l'espionnage. »

« C'est de l'observation. La même chose que vous faites déjà, sauf que cette fois, ça servira à quelque chose. »

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Mathilde quitta la chambre à vingt-trois heures. Elle traversa le couloir sombre, monta l'escalier de service jusqu'à sa chambre sous les toits. Petite. Un lit, une armoire, une lucarne qui donnait sur les vignes.

Elle s'assit sur le lit et regarda ses mains.

*Qu'est-ce que tu es en train de faire ?*

Quatre mois qu'elle travaillait ici. Quatre mois de café, de couvertures, de « oui Monsieur, bien sûr Monsieur ». Un emploi stable. Un lit propre. Un salaire qui tombait le vingt-cinq de chaque mois.

Et maintenant un homme en fauteuil roulant, qui n'avait pas besoin de fauteuil, lui demandait de l'aider à piéger sa propre fiancée et le père de celle-ci. Pour tentative de meurtre et détournement de patrimoine.

Si ça tournait mal, elle perdait son emploi. Sans recommandation. Sans filet.

Si ça tournait bien...

*Non. Ne pense pas à ça.*

Elle pensa quand même. À la cour du château la veille au soir. Au verre brisé. Aux cent vingt visages qui avaient regardé sans bouger. À Séverine, son doigt pointé entre les yeux de Julien, le diamant qui brillait comme une insulte.

Et à elle, Mathilde Renard, vingt-sept ans, ex-étudiante en droit, femme de chambre, à genoux sur le marbre froid pour ramasser une couverture.

La seule.

Elle se coucha tout habillée et fixa la lucarne. Les étoiles au-dessus des vignes ne lui donnèrent pas de réponse.

Le lendemain matin, elle apporta le café. Deux sucres, pas de lait.

« Je le fais, » dit-elle en posant le plateau.

Julien ne sourit pas. Il hocha la tête. Une fois.

« Merci, Mathilde. »

« Ne me remerciez pas. Si ça tourne mal, c'est moi qui n'ai rien. »

« Si ça tourne mal, je m'en souviendrai. »

Ce n'était pas une promesse. C'était un engagement. Et Mathilde, qui avait appris à distinguer les deux en trois ans de droit et quatre ans de précarité, décida de le croire.

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Le week-end passa. Séverine ne vint pas au château.

Lundi matin, Mathilde fit le ménage du bureau d'Hélène Beaumont. La pièce sentait le pot-pourri de lavande et le papier ancien. Bureau Louis XV. Étagère vitrée. Photos de famille dans des cadres en argent.

Sur le bureau, un dossier ouvert. En-tête de Maître Garnier, notaire à Tours.

Mathilde vérifia le couloir. Vide.

Elle lut.

Acte de donation entre vifs. Château de Valcourt et ses dépendances, cinquante-trois hectares de terres agricoles, vignoble de quatre hectares, orangerie, maison du gardien. Nue-propriété transférée à la SCI Valcourt Patrimoine, dont les parts étaient réparties ainsi : Séverine Lacroix quarante pour cent, Olivier Lacroix trente pour cent, Hélène Beaumont trente pour cent.

Julien Beaumont : usufruit viager. Le droit d'habiter dans sa propre maison. Rien d'autre.

Mathilde prit une photo avec son téléphone. Puis une deuxième, de la page des signataires.

La ligne de signature de Julien était vide. Celle d'Hélène était signée.

*Sa propre mère.*

Mathilde remit le dossier exactement comme elle l'avait trouvé, ferma la porte du bureau, et descendit à la cuisine avec son chiffon et son seau. Le cœur battant sous le tablier.

Le soir, elle montra les photos à Julien.

Il les regarda longtemps. Son visage ne changea pas. Mais ses yeux, ses yeux oui.

« Quarante et trente, » murmura-t-il. « Soixante-dix pour cent pour les Lacroix. Ma mère obtient trente pour cent pour avoir vendu son propre fils. »

Il posa le téléphone sur la table de nuit.

« Maître Duval sera ici mardi. Pas au rendez-vous du notaire. Pas tout de suite. Il viendra la veille, en discrétion. Il y a des choses à préparer. »

« Quelles choses ? »

« Le genre de choses qui font que mardi matin, quand tout le monde sera assis autour de la table du notaire, c'est eux qui ne pourront plus se lever. »

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Lisez la suite, Chapitre 5 — parce que Séverine va revenir au château avec un plan pour se débarrasser de Mathilde avant le rendez-vous du notaire.

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