La Veille

La Veille
Jeudi. Cinq semaines après la scène chez le notaire.
Les résultats du laboratoire de Lyon étaient arrivés. Duval appela à midi.
« Confirmation de sabotage. Le laboratoire est catégorique. Dégradation mécanique intentionnelle du flexible de frein arrière droit. Compatible avec une intervention au moment de l'entretien au garage Méchain. »
Mathilde était dans le bureau de Julien quand il prit l'appel. Il écouta, hocha la tête, raccrocha. Posa le téléphone sur le bureau.
« Demain matin, le procureur convoque Olivier Lacroix en garde à vue, » dit-il.
Sa voix était plate. Pas de triomphe. Pas de soulagement. Mathilde se demanda si c'était du contrôle ou de l'épuisement. Sept mois à jouer un rôle. Sept mois à attendre ce moment. Et maintenant qu'il arrivait, pas de fanfare. Juste un homme assis derrière un bureau, dans une maison trop grande pour lui seul.
« Et Séverine ? » demanda-t-elle.
« Duval dit que le parquet examinera son degré de complicité. L'e-mail "comme convenu" est une pièce à charge, mais ça ne prouve pas qu'elle savait pour les freins. Seulement qu'elle a participé à déposer la voiture. »
« Elle savait. »
Julien la regarda. « Probablement. Mais "probablement" n'est pas "au-delà du doute raisonnable". »
*Tu raisonnes comme un avocat,* pensa-t-elle. Et puis : *Non. Comme quelqu'un qui a trop réfléchi à tout ça pendant trop de nuits.*
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L'après-midi, Mathilde sortit faire les courses au village.
Le village de Valcourt-sur-Loire. Huit cents habitants, une boulangerie, un tabac-presse, un garage, une église du douzième siècle. Le genre de village où tout le monde connaît tout le monde et où les secrets ne survivent pas au marché du samedi.
Elle gara la voiture du château devant la boulangerie. Sortit. Et vit Séverine.
Assise à la terrasse du seul café du village. Seule. Un verre de vin blanc devant elle. La robe émeraude avait été remplacée par un jean et un chemisier blanc. Pas de maquillage. Les cheveux tirés en arrière.
Elle avait l'air fatiguée. Humaine. Et c'est ça qui était dangereux.
« Mathilde. »
Pas de mademoiselle. Pas de « toi ». Son prénom.
Mathilde s'arrêta. Elle aurait dû continuer. Entrer dans la boulangerie. Acheter le pain. Repartir.
Elle ne le fit pas.
« Qu'est-ce que vous faites ici, Séverine ? »
Séverine tourna son verre de vin. La lumière passait à travers le liquide pâle.
« Je suis venue voir le château une dernière fois. De loin. Je ne suis pas allée jusqu'au portail. »
Mathilde resta debout. Ne s'assit pas.
« Vous savez que demain, ils vont convoquer votre père, » dit-elle.
« Je sais. »
Un silence. Le village autour d'elles. Les volets bleus de la boulangerie. Le chat du tabac assis sur le rebord de la fenêtre.
Séverine posa son verre.
« Tu crois que je savais, » dit-elle. « Pour les freins. »
Mathilde ne répondit pas.
« Mon père m'a dit que l'entretien était standard. Je n'ai pas posé de questions. Je n'ai jamais posé de questions à mon père. Il dit, je fais. Comme Hélène. On est les mêmes, elle et moi. Sauf qu'elle, elle a un fils qui l'a protégée malgré tout. Moi, j'ai un père qui m'a utilisée. »
Sa voix ne tremblait pas. C'était une constatation. Froide.
Mathilde la regarda. Chercha le mensonge. Le calcul. La manipulation. Tout ce qu'elle avait appris à voir chez Séverine en cinq mois.
Elle ne trouva rien. Ce qui ne voulait pas dire que rien n'y était.
« Si c'est vrai, » dit Mathilde, « dites-le au procureur. Pas à moi. »
Séverine sourit. Un sourire différent. Fatigué. Le premier sourire sincère que Mathilde lui voyait.
« Tu aurais fait une bonne avocate, Mathilde. »
Mathilde entra dans la boulangerie. Acheta le pain. Repartit.
Dans le rétroviseur, Séverine n'avait pas bougé. Le verre de vin à la main, le regard posé sur la route qui menait au château.
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Lisez la suite, Chapitre 14 — parce que demain matin, la justice va frapper à la porte d'Olivier Lacroix, et ce qu'il va faire en réponse va surprendre tout le monde.
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