Le Calme

Le Calme
Trois jours passèrent sans nouvelles de Séverine.
Pas de BMW dans l'allée. Pas de coups de téléphone. Pas de messages. L'appartement de Tours restait silencieux, selon Duval, qui avait ses sources.
Le château retrouva une routine étrange. Plus légère. Comme si les murs eux-mêmes respiraient mieux.
Julien ne restait plus confiné dans sa chambre du rez-de-chaussée. Le jeudi matin, Mathilde le trouva dans le jardin. Debout. Appuyé sur une canne, face aux vignes, le soleil de Loire sur le visage.
Il portait un pull gris et un pantalon de coton. Pas de fauteuil. Pas de couverture bleue.
La couverture était pliée sur le banc en pierre, à côté de lui. Il ne l'avait pas jetée.
« Vous la gardez, » dit Mathilde.
« Elle me rappelle qui a traversé la cour ce soir-là. »
Elle ne sut pas quoi répondre à ça. Elle posa le plateau du petit-déjeuner sur le banc et resta debout, les mains dans les poches du tablier, à regarder les vignes.
« Mathilde. »
« Oui. »
« Après tout ça. Quand ce sera terminé. Qu'est-ce que vous voulez faire ? »
La question la surprit. Personne ne lui avait demandé ça depuis son professeur de droit, quatre ans plus tôt.
« Je ne sais pas, » mentit-elle.
« Vous savez. »
Un silence. Les vignes. Le vent. Un merle dans le tilleul.
« Reprendre le droit, » dit-elle. « Finir la licence. Passer le barreau. » Elle haussa les épaules. « Des rêves de gamine. »
« Des rêves de quelqu'un qui a eu mention bien pendant deux ans et qui a dû s'arrêter parce que le monde n'est pas juste. Ce n'est pas la même chose. »
Mathilde ramassa le plateau vide. « Le monde n'est jamais juste, Julien. On fait avec. »
« Parfois on peut faire mieux que "faire avec". »
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Vendredi soir, Hélène Beaumont frappa à la porte de la chambre de Julien.
Mathilde était dans le couloir, en train de ranger le linge. Elle entendit la voix d'Hélène, basse, hésitante, à travers le bois.
« Mon fils. Je voudrais te parler. »
Un silence. Puis : « Entre. »
Mathilde ne resta pas écouter. Ce n'était pas son rôle. Elle descendit à la cuisine, fit la vaisselle, nettoya le plan de travail, rangea les courses.
Une heure plus tard, Hélène descendit. Les yeux rouges. Le maquillage un peu défait. Mais quelque chose dans sa posture avait changé. Pas plus droite. Plus vraie.
Elle vit Mathilde.
« Merci, » dit-elle. « Pour ce que tu as fait pour mon fils. »
Mathilde essuya ses mains sur le torchon. « Je n'ai rien fait, Madame. J'ai ramassé une couverture. »
« Tu as fait plus que ça. Et nous le savons toutes les deux. »
Hélène monta l'escalier. Lentement. En se tenant à la rampe.
Mathilde resta dans la cuisine. Le torchon encore dans les mains. Humide. Les yeux qui piquaient un peu. La fatigue, probablement.
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Samedi matin, le téléphone sonna.
Agnès décrocha, écouta, et tendit le combiné à Mathilde avec un air qui ne présageait rien de bon.
C'était Duval.
« Mademoiselle Renard. Séverine Lacroix a engagé un avocat. Elle conteste la plainte. Et elle a déposé une main courante contre vous. »
Mathilde serra le combiné.
« Contre moi ? Pour quel motif ? »
« Harcèlement moral et abus de confiance. Elle prétend que vous avez utilisé votre position de proximité avec Monsieur Beaumont pour l'influencer et le monter contre elle. Que vous avez accédé à des documents privés sans autorisation. Que vous entretenez une relation inappropriée avec votre employeur. »
Le sol tangua sous ses pieds. Pas littéralement. Mais assez pour qu'elle doive poser la main sur le mur.
« C'est faux, » dit-elle. « Tout est faux. »
« Je sais, » répondit Duval. « Mais une main courante ne demande pas de preuves. Elle existe, elle est enregistrée, et elle peut être utilisée dans une procédure civile pour contester votre crédibilité comme témoin. C'est exactement ce qu'elle cherche. »
Mathilde raccrocha. Resta immobile dans la cuisine pendant deux minutes.
*Ils attaquent. Pas Julien cette fois. Toi.*
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Lisez la suite, Chapitre 12 — parce que la main courante n'est que le début de ce que Séverine prépare pour faire tomber Mathilde.
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