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La Justice

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Vendredi, six heures du matin.

Deux voitures de gendarmerie remontèrent l'allée qui menait à la propriété d'Olivier Lacroix, une maison de maître en pierre de taille à huit kilomètres du château.

Mathilde n'était pas là pour le voir. Elle l'apprit par Duval, qui appela à neuf heures.

Olivier Lacroix avait été placé en garde à vue. Tentative d'homicide volontaire et abus de faiblesse. Il avait demandé son avocat immédiatement. N'avait pas dit un mot avant son arrivée.

Julien reçut la nouvelle dans le jardin. Debout, sans canne cette fois. Ses jambes tenaient mieux chaque jour.

Il raccrocha. Regarda les vignes.

Mathilde se tenait à trois mètres, le plateau du petit-déjeuner dans les mains.

« Ça devrait me soulager, » dit-il.

« Et ce n'est pas le cas ? »

« C'est le père de la femme que j'allais épouser. Pendant un temps, je pensais que c'était ma famille. »

Mathilde posa le plateau sur le banc. « Ils n'étaient pas votre famille. Votre famille, c'est les gens qui traversent la cour pour ramasser la couverture. »

Elle ne savait pas d'où cette phrase était venue. Mais elle était vraie.

Julien la regarda. Longtemps. Et dans ce regard, Mathilde vit quelque chose qu'elle n'avait pas vu depuis le soir de la fête de fiançailles. Pas de la reconnaissance. De la paix.

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La garde à vue dura quarante-huit heures.

Au bout de vingt-quatre heures, l'avocat d'Olivier demanda une confrontation avec les preuves matérielles. Le flexible de frein. Le rapport de Lyon. Les relevés bancaires.

Au bout de trente-six heures, Olivier changea de stratégie. Il cessa de nier. Il négocia.

Duval appela Julien le dimanche soir.

« Lacroix avoue l'altération du véhicule. Il prétend que ce n'était pas pour tuer. Que c'était pour provoquer un accident mineur. Suffisant pour vous blesser, pas pour vous tuer. Suffisant pour justifier la tutelle qu'il voulait obtenir. »

Un accident mineur. Un tonneau sur une départementale à quatre-vingt-dix kilomètres heure. Une compression de la moelle épinière. Huit mois de paralysie simulée qui aurait pu être réelle.

Julien ferma les yeux. « Un accident mineur, » répéta-t-il. « C'est ce qu'il dit. »

« C'est ce que son avocat lui fait dire. La distinction entre tentative d'homicide et coups et blessures volontaires avec préméditation change la peine de quinze ans à sept ans. »

« Et Séverine ? »

Duval marqua une pause. « Séverine a été entendue comme témoin assisté. Elle maintient qu'elle ignorait le sabotage. L'e-mail "comme convenu" concernait, selon elle, uniquement le dépôt de la voiture pour un entretien standard. Le parquet n'a pas assez pour la poursuivre pour complicité. Pas pour l'instant. »

Julien raccrocha.

Mathilde était assise dans le fauteuil de la bibliothèque, de l'autre côté du couloir. Elle avait entendu. Pas en écoutant aux portes. Le château avait des murs épais mais des portes fines.

Julien apparut dans l'encadrement.

« Sept ans, » dit-il. « C'est le maximum qu'il risque. »

« C'est sept ans de plus que ce qu'il avait prévu pour vous, » répondit Mathilde.

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Mardi, Maître Garnier revint au château.

Pas pour une signature. Pour une annulation. L'acte de donation entre vifs fut officiellement retiré. La SCI Valcourt Patrimoine fut dissoute par décision judiciaire. Les parts d'Hélène lui furent restituées. Celles de Séverine et d'Olivier cessèrent d'exister.

Garnier ne resta pas pour le café. Il serra la main de Julien, s'excusa pour « les circonstances malheureuses », et repartit dans sa petite voiture grise.

Le château était de nouveau à Julien. Les terres. Le vignoble. L'orangerie. La fontaine. Les tilleuls centenaires.

Et la table en noyer du grand salon, où six chaises attendaient toujours autour d'un vase de pivoines blanches.

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Lisez la suite, Chapitre 15 — le dernier chapitre, parce que six mois plus tard, Mathilde Renard ne sera plus femme de chambre.

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