newscapedaily

La Mise en Demeure

La Mise en Demeure

La lettre recommandée arriva au manoir un mardi matin, portée par un facteur qui remarqua, sans le savoir, l'expression qui traversa le visage de Véronique Dubreuil en découvrant l'en-tête du cabinet Aubry.

Elle lut le document debout dans le vestibule, sans même retirer son manteau. Les mots dansèrent devant ses yeux : « convention de 1998 », « clause de transmission aux héritiers », « contestation formelle de la vente en cours ».

Elle s'assit sur le banc de pierre du porche — le même banc sous lequel le dossier fatidique avait glissé, cette nuit de réveillon — et resta là un long moment, le regard perdu sur l'allée de tilleuls dénudés par l'hiver.

Ce fut sa gouvernante, Odette, qui la trouva ainsi, une heure plus tard.

« Madame ? Tout va bien ? »

Véronique ne répondit pas immédiatement. Puis, d'une voix qui n'avait plus rien de la froideur habituelle : « Odette, appelle-moi un taxi. Je dois aller voir mon avocat. »

---

Maître Rocher, l'avocat de la famille Dubreuil depuis vingt ans, écouta Véronique avec une attention grave.

« Cette convention, » dit-il enfin, après avoir parcouru la copie que Maître Aubry avait jointe à sa mise en demeure, « est malheureusement tout à fait valide, Madame Dubreuil. Je dois être honnête avec vous : si cette affaire va devant un tribunal, vos chances de la remporter sont minces. »

« Vous plaisantez, » dit Véronique, la voix soudain aiguë. « Édouard est mort il y a six ans. Ce domaine, c'est le mien. »

« Légalement, ce n'est pas exact, Madame. Et il y a un point supplémentaire qui m'inquiète. » Maître Rocher hésita. « L'acte de succession que vous avez fait établir à l'époque omettait cette convention. Si un tribunal estime que cette omission était délibérée, vous pourriez être poursuivie pour recel successoral. Cela pourrait aller bien au-delà d'une simple perte de patrimoine. »

Véronique blêmit. « Une poursuite pénale ? »

« C'est une possibilité, si Claire Vasseur et son avocate choisissent cette voie. Je vous conseille, très sincèrement, d'envisager une transaction amiable plutôt qu'un procès. »

---

Véronique rentra au manoir tard dans la soirée, épuisée, vidée de toute la superbe qui la caractérisait habituellement.

Elle trouva Marc dans le salon, qui l'attendait, un verre de thé à la main plutôt que d'alcool, comme s'il avait délibérément choisi la sobriété pour cette conversation.

« Maman. »

« Ne me fais pas la morale, Marc. Pas ce soir. »

« Je n'ai pas l'intention de te faire la morale. » Marc posa son verre. « Je veux juste comprendre pourquoi. Pourquoi tu as caché cette convention pendant six ans. Pourquoi tu as laissé Claire, enceinte, sortir sous la pluie plutôt que d'admettre simplement la vérité. »

Véronique s'assit lourdement dans le fauteuil qu'occupait autrefois Édouard.

« Parce que j'avais peur, » dit-elle enfin, d'une voix qu'il ne lui avait jamais entendue. « Peur de perdre le contrôle de tout ce que j'avais construit depuis la mort de ton père. Peur que si les Vasseur récupéraient leur part, je devienne... insignifiante. Une simple gestionnaire parmi d'autres, au lieu de la maîtresse du domaine. »

« Tu as préféré risquer une poursuite pénale plutôt que de partager, » dit Marc, incrédule.

« Je n'ai jamais pensé que ça irait aussi loin, » admit Véronique, les yeux baissés. « Je pensais avoir le temps. Vendre les terres, consolider ma position, et gérer cette histoire de convention discrètement, plus tard, si jamais elle refaisait surface. »

May you like

---

Lisez la suite, Chapitre 10 — parce que face à la menace d'un procès pénal, Véronique va devoir choisir entre son orgueil et sa liberté.

Other posts