Trois Heures Plus Tôt

Trois Heures Plus Tôt
Trois heures plus tôt, Claire était arrivée au manoir le cœur léger.
Elle portait la robe portefeuille couleur crème que Marc lui avait offerte pour ses vingt-neuf ans, celle qui s'ajustait encore, tant bien que mal, autour de son ventre rond. Son alliance brillait à la lumière des lanternes de l'allée.
Le Manoir de Clairefontaine se dressait au bout d'une allée de tilleuls centenaires, dans la Sologne profonde. Une bâtisse du dix-neuvième siècle, façade de pierre blonde, hautes fenêtres à petits carreaux, toiture d'ardoise qui luisait sous la pluie naissante.
C'était la maison où Marc avait grandi. La maison de son père, Édouard Dubreuil, mort six ans plus tôt d'une crise cardiaque dans son bureau, un soir d'automne.
Véronique les accueillit dans le grand vestibule, un sourire figé aux lèvres.
« Claire. Tu as encore grossi, » dit-elle, en guise de bonjour.
« C'est le principe d'une grossesse, Véronique. »
Le sourire de sa belle-mère se durcit d'un centimètre. « Bien sûr. »
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Le dîner commença dans une ambiance de politesse tendue. Douze convives : la famille proche, quelques amis de Véronique du club de bridge, un couple de notables du village.
Claire avait appris, au fil des deux dernières années, à décoder les silences de Véronique. Le sourire qui ne montait pas jusqu'aux yeux. Les compliments qui portaient une lame cachée. « Cette robe te va bien, pour ton état. » « Tu manges pour deux, mais deux, ce n'est pas trois. »
Ce soir-là, quelque chose était différent. Véronique buvait plus que d'habitude. Elle jetait des regards vers Marc, des regards que Claire ne comprenait pas encore.
Marc, lui, semblait absent. Il touchait à peine à son foie gras, tournait son verre de vin entre ses doigts sans le porter à ses lèvres.
« Tout va bien ? » lui murmura Claire, pendant que la conversation dérivait vers la politique locale.
« Oui, » répondit-il, trop vite. « Fatigue de fin d'année. »
Ce n'était pas vrai. Claire le sentait dans sa voix. Mais elle n'insista pas. C'était Noël. Elle voulait que la soirée soit belle, pour l'enfant qui viendrait dans un mois, pour cette famille qu'elle essayait, depuis deux ans, d'apprivoiser sans jamais vraiment y parvenir.
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Vers vingt et une heures, un homme arriva en retard, trempé par l'averse qui commençait à tomber.
Julien Servier. Claire le connaissait depuis l'enfance : leurs pères avaient été associés, autrefois, dans une affaire de négoce de vins qui avait prospéré dans les années quatre-vingt-dix. Julien avait repris l'étude notariale de son propre père, à Orléans.
Il ne venait jamais aux réveillons des Dubreuil. Ce soir, pourtant, il était là, une mallette à la main, l'air soucieux.
« Julien ? » Claire se leva pour l'accueillir, surprise. « Je ne savais pas que tu étais invité. »
« Je ne le suis pas vraiment, » dit-il à voix basse, en jetant un regard vers Véronique qui les observait depuis le bout de la table, le visage soudain très pâle. « J'ai besoin de parler à Marc. Et à toi, si possible. Ce soir. »
Véronique se leva d'un mouvement brusque.
« Julien. Quelle surprise. » Sa voix avait perdu toute chaleur. « Tu n'étais pas attendu. »
« Je sais, Madame Dubreuil. Mais il y a un dossier dont je dois parler à votre fils. Un dossier qui concerne son père. Et le père de Claire. »
Le silence tomba sur la table comme un couperet.
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Lisez la suite, Chapitre 3 — parce que ce que Julien va révéler ce soir-là va faire exploser la soirée entière.