Le Choix de Véronique

Le Choix de Véronique
Les jours suivants furent une succession de tensions silencieuses, ponctuées d'échanges de courriers entre les cabinets Aubry et Rocher.
Claire, désormais dans son dernier mois de grossesse, essayait de garder son calme malgré la fatigue et le stress. Julien passait la voir presque chaque jour, apportant des mises à jour du dossier, veillant, avec une attention fraternelle, à ce qu'elle ne s'épuise pas.
« Rocher a fait une proposition, » annonça Maître Aubry lors d'un rendez-vous, une semaine avant la date présumée de l'accouchement. « Véronique Dubreuil propose un partage à l'amiable : quarante pour cent du domaine pour Claire, en échange de l'abandon de toute poursuite pénale pour recel successoral. »
« Quarante pour cent, » répéta Marc. « Alors que la convention prévoit cinquante. »
« C'est une tactique classique, » dit Sophie Aubry. « Elle teste votre détermination. Je vous recommande de refuser et de maintenir la demande initiale. Nous avons toutes les preuves nécessaires. Le rapport graphologique, les archives de l'étude Servier, la lettre d'Henri Vasseur. Un tribunal nous donnera raison sur l'intégralité de la convention. »
Claire réfléchit longuement. Puis elle regarda Marc.
« Je ne veux pas d'une guerre qui dure des années, » dit-elle. « Mais je ne veux pas non plus céder par peur. Cinquante pour cent, Julien. C'est ce que nos pères avaient prévu. C'est ce qui est juste. »
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La réponse de Véronique arriva trois jours plus tard, non pas sous forme de lettre d'avocat, mais en personne.
Elle se présenta à l'appartement de Claire et Marc un soir de janvier, le ventre de Claire désormais si lourd que chaque mouvement demandait un effort. Véronique portait, pour la première fois depuis que Claire la connaissait, une expression qui ressemblait à de l'humilité.
« Puis-je entrer ? » demanda-t-elle.
Claire hésita, puis s'effaça.
Véronique s'assit, regarda longuement ses mains avant de parler. « Maître Rocher m'a clairement expliqué les risques que j'encoure si cette affaire va devant les tribunaux. Le recel successoral, ça peut aller jusqu'à cinq ans de prison, Claire. Cinq ans. »
« Vous auriez dû y penser il y a six ans, » dit Claire, sans animosité particulière, seulement avec la fatigue d'une femme enceinte qui n'a plus l'énergie pour la colère.
« Je sais. » Véronique leva enfin les yeux. « J'accepte la convention originale. Les cinquante pour cent. Sans condition. Et... » elle hésita, « je voudrais aussi te présenter mes excuses. Pour le réveillon. Pour t'avoir jetée dehors comme je l'ai fait. Ce n'était pas digne de moi. Ce n'était pas digne de la grand-mère que je veux être pour cet enfant. »
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Claire regarda longuement sa belle-mère, cherchant la sincérité derrière les mots, se souvenant de la froideur des mois précédents, de l'humiliation de cette nuit sous l'orage.
« Les excuses ne suffisent pas à réparer ce qui s'est passé, Véronique. Mais elles sont un début. »
« Je le sais, » dit Véronique. « J'aimerais... j'aimerais avoir la chance de faire mieux. Pour cet enfant. Pour Marc. Et, si tu me le permets un jour, pour toi aussi. »
Marc, qui avait écouté en silence depuis le pas de la porte de la cuisine, s'approcha et posa une main sur l'épaule de sa mère.
« Ça prendra du temps, Maman, » dit-il. « Mais c'est un début. »
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Lisez la suite, Chapitre 11 — parce que la nuit où Claire va accoucher, un dernier obstacle va menacer l'accord tout juste conclu.