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L'Étude Servier

L'Étude Servier

L'étude notariale occupait le rez-de-chaussée d'un immeuble ancien du centre d'Orléans, à deux pas de la cathédrale. Julien les attendait, ayant préparé du café et allumé le vieux poêle à bois de son bureau.

« Asseyez-vous, » dit-il. « Il y a beaucoup à expliquer. »

Il sortit une chemise cartonnée d'un tiroir fermé à clé. « Mon père a repris cette étude en 1995. Il a hérité de nombreux dossiers de son prédécesseur, dont celui-ci. »

Il fit glisser un document vers Claire. L'acte original, jauni par le temps, signé de deux mains qu'elle reconnut immédiatement : celle, appliquée et ronde, de son père. Celle, nerveuse et anguleuse, d'Édouard Dubreuil.

« En 1997, » commença Julien, « ton père et Édouard Dubreuil ont fondé ensemble une société de négoce de vins de Loire. L'affaire a rapidement prospéré. L'année suivante, ils ont acheté ensemble le Manoir de Clairefontaine, avec les bénéfices de leur première grande vente à l'export. »

« Moitié-moitié, » murmura Claire, se souvenant de la clause qu'elle avait lue sous la pluie.

« Exactement. Et cette convention prévoyait qu'en cas de décès de l'un des associés, sa part — dans la société comme dans le domaine — reviendrait automatiquement à ses héritiers directs. Pas à l'associé survivant. »

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« Que s'est-il passé, alors ? » demanda Marc. « Pourquoi Maman a-t-elle toujours géré le domaine comme s'il lui appartenait entièrement ? »

Julien hésita, choisissant ses mots avec le soin d'un homme habitué à manier des vérités délicates.

« Quand Édouard est mort, il y a six ans, ta mère a fait valider l'acte de succession par un notaire de complaisance, un vieux confrère qui a pris sa retraite peu après. Ce notaire n'a pas mentionné la convention avec Henri Vasseur dans l'acte de succession. »

« Une omission, » dit Claire, la voix froide. « Volontaire. »

« Je ne peux pas l'affirmer avec certitude sans preuve supplémentaire. Mais mon père, avant de partir en maison de retraite l'an dernier, m'a confié qu'il avait toujours eu des doutes sur cette succession. Il gardait ce dossier de côté, en attendant le bon moment pour vérifier. »

« Et le bon moment, » dit Marc, « c'est maintenant. Parce que ma mère veut vendre des terres. »

Julien hocha la tête. « J'ai appris, par un confrère du service de la publicité foncière, qu'une promesse de vente était en cours de signature pour douze hectares du domaine. Une fois la vente conclue, ces terres seraient définitivement sorties du patrimoine, et toute contestation deviendrait beaucoup plus compliquée. »

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Claire posa les deux mains sur son ventre, sentant l'enfant bouger doucement.

« Mon père est mort il y a quatre ans, » dit-elle, la voix tremblante. « D'un cancer. Il n'a jamais mentionné cette convention. Jamais parlé d'un domaine en Sologne. »

« Peut-être ne le savait-il pas lui-même, » suggéra Julien avec douceur. « Ou peut-être qu'il le savait, et qu'il a choisi de ne rien réclamer, par respect pour son ami disparu, ou pour ne pas créer de conflit avec sa veuve. »

Cette pensée serra le cœur de Claire. Son père avait toujours été un homme d'une discrétion presque excessive. Il aurait pu, effectivement, choisir le silence plutôt que la confrontation.

« Mais moi, » dit Claire, « je ne suis pas mon père. Et cet enfant » — elle posa une main sur son ventre — « a le droit de connaître son véritable héritage. Des deux côtés. »

Marc la regarda avec une expression que Claire ne lui avait pas vue depuis longtemps. De la fierté, peut-être. Ou du soulagement, de voir enfin quelqu'un dans cette histoire choisir d'agir plutôt que de se taire.

« Que faut-il faire, Julien ? » demanda-t-il.

« Faire authentifier cet acte par un expert indépendant. Consulter un avocat spécialisé en droit des successions. Et surtout, » Julien regarda sa montre, « empêcher cette vente de terres avant qu'elle ne soit signée. Il nous reste, d'après mes informations, un peu moins de trois semaines. »

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Lisez la suite, Chapitre 6 — parce que Véronique va apprendre que Claire connaît la vérité, et qu'elle va tout faire pour l'empêcher de parler.

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