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Onze Ans Plus Tard

Chapter 07 - Onze Ans Plus Tard

Le siège de la Maison Béraud a changé de bâtiment depuis mon époque.

C'est maintenant un ancien couvent restauré, à la sortie de Grasse, avec des jardins de plantes à parfum plantés en terrasses, comme un musée vivant.

Je laisse Léo avec ma mère ce matin-là. Il n'a pas posé de questions, mais je vois dans ses yeux qu'il a compris où j'allais.

"Tu vas le voir ?"

"Oui."

"Dis-lui que je fais un parfum aussi."

Ça me fait sourire, malgré la boule dans mon ventre.

À l'accueil, je donne mon nom. La réceptionniste hésite en l'entendant, comme si "Delacroix" déclenchait une alarme silencieuse quelque part dans le bâtiment.

Dix minutes plus tard, on me fait entrer dans un bureau au dernier étage, tout en verre, donnant sur les champs de jasmin.

Nathan est de dos, au téléphone, en train de terminer une conversation.

Je le reconnais immédiatement, même onze ans plus tard. La même carrure, les mêmes épaules un peu voûtées quand il se concentre.

Il raccroche, se retourne.

Pendant une seconde, il ne dit rien.

"Camille."

Sa voix est plus grave que dans mon souvenir, mais le ton est exactement le même, celui qui hésitait toujours entre la surprise et la joie.

"Bonjour, Nathan."

Il fait quelques pas vers moi, s'arrête, comme s'il ne savait pas s'il avait le droit de s'approcher davantage.

"Onze ans," dit-il. "Tu as disparu du jour au lendemain. J'ai cru... j'ai cru beaucoup de choses, à l'époque."

"Je sais. Je suis désolée."

"Tu n'as jamais répondu à mes messages. J'ai fini par croire que ton père t'avait convaincue que je n'en valais pas la peine. Ou pire, que tu avais changé d'avis toi-même."

"Ce n'est pas ça."

Je respire, cherchant les mots que j'ai répétés dans la voiture pendant tout le trajet, et qui, maintenant, me semblent tous insuffisants.

"Nathan, j'étais enceinte quand tu es parti à Grenoble."

Il se fige complètement.

"Quoi ?"

"J'ai un fils. Il s'appelle Léo. Il a dix ans."

Le silence qui suit dure si longtemps que j'entends le bourdonnement d'une abeille contre la vitre du bureau.

"Onze ans," répète-t-il, comme s'il recalculait quelque chose dans sa tête, exactement comme mon père la veille. "Onze ans, et tu ne m'as jamais rien dit ?"

"J'avais peur. De ton père, du mien, de ce que la vérité ferait exploser entre nos deux familles. J'étais dix-neuf ans, seule, terrifiée, et je pensais protéger tout le monde en me taisant."

"Tu pensais me protéger de mon propre fils ?"

Sa voix n'est pas en colère. Elle est brisée, ce qui est bien pire.

"Je me trompais," dis-je. "Je le sais maintenant. Mais je ne pouvais pas revenir en arrière, et plus le temps passait, plus il devenait impossible de te le dire."

Nathan se détourne, va vers la fenêtre, les mains sur le rebord.

"Comment est-il ?"

La question me prend au dépourvu, tant elle est simple, tant elle contient tout ce qu'un père devrait vouloir savoir.

"Il est intelligent. Trop observateur pour son âge. Il a gardé, pendant des années, un vieux flacon qu'on avait fait ensemble au labo, celui qu'on appelait 'Le Serment'. Il ne sait même pas ce que ça signifiait vraiment, mais il le garde comme un trésor."

Nathan se retourne, les yeux brillants.

"Il a le flacon ?"

"Toujours. Depuis qu'il l'a trouvé, il y a deux ans."

"Je peux le voir ?"

"Il est chez mes parents, avec ma mère. Je... je ne sais pas si c'est le bon moment. Mon père est déjà très nerveux à cause de votre renouvellement de licence avec la maison Verdier."

Nathan fronce les sourcils.

"Quel renouvellement ?"

Je réalise, à sa question, qu'il ne sait rien de la manœuvre en cours de mon père, ce qui signifie que les négociations passent encore par des intermédiaires, loin des yeux de Nathan lui-même.

"Rien. Ce n'est pas important pour l'instant."

Ce n'est qu'un demi-mensonge, mais il suffit à me rappeler à quel point les secrets de cette famille s'enchevêtrent, comme les fils d'un même tissage impossible à démêler.

Nathan s'approche enfin, s'arrête à deux pas de moi.

"Je veux le rencontrer, Camille. Aujourd'hui, si possible."

"D'accord."

"Et je veux savoir ce que tu me caches encore sur ton père."

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Il n'a pas changé, après tout. Il a toujours su lire au-delà de ce que je disais.

Keep reading Part 8 — because la rencontre entre Nathan et Léo va se dérouler sous les yeux de mon père, et ça ne va pas se passer comme prévu.

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