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La Boîte au Fond du Placard

Chapter 03 - La Boîte au Fond du Placard

Léo a huit ans quand il trouve la boîte.

C'est un mercredi après-midi, je range le placard de l'entrée, et il m'aide en traînant des cartons qu'on n'a jamais ouverts depuis notre dernier déménagement.

"C'est quoi ça, Maman ?"

Il tient un petit flacon en verre, sans étiquette, bouché à la cire. À l'intérieur, un liquide ambré, presque doré.

Mon cœur s'arrête une seconde.

Je connais ce flacon. Je l'ai fabriqué il y a onze ans, avec Nathan, un soir dans le laboratoire de l'école, en cachette après la fermeture.

On l'appelait "Le Serment."

Une formule qu'on n'a jamais terminée. On disait en plaisantant qu'on la finirait le jour où nos deux familles arrêteraient de se détester. Une blague d'adolescents amoureux et naïfs.

"C'est un parfum que j'ai commencé à faire il y a longtemps, avant que tu naisses."

"Il sent quoi ?"

Je débouche doucement le flacon. L'odeur me frappe immédiatement : bergamote, iris, et en fond, quelque chose de chaud, de résineux, presque impossible à nommer.

"Il sent... l'espoir, je crois."

Léo fronce les sourcils, sérieux comme toujours.

"Pourquoi tu ne l'as jamais fini ?"

"Parce que la personne avec qui je le faisais n'est plus dans ma vie."

"C'est mon papa ?"

Je le regarde. Il ne me quitte pas des yeux.

Il a raison, bien sûr. Il a toujours cette façon de deviner les choses avant qu'on les lui dise.

"Oui, Léo. C'est ton papa."

Il tient le flacon contre lui, presque protecteur.

"Je peux le garder ?"

"Bien sûr."

Ce soir-là, une fois qu'il dort, je reste assise longtemps dans le noir du salon, le carton ouvert devant moi, à respirer cette odeur qui me ramène onze ans en arrière, dans un laboratoire qui sentait la craie et l'éthanol, avec un garçon qui tenait ses mouillettes à l'envers.

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Les années suivantes, Léo garde le flacon sur sa table de nuit.

Il ne pose plus la question directement. Mais je le vois parfois le tenir dans sa main, le soir, en regardant par la fenêtre.

Un soir, il a neuf ans, il me demande autre chose.

"Maman, est-ce que Papi et Mamie savent que j'existe ?"

"Non."

"Pourquoi ?"

"Parce que je n'ai jamais eu le courage de leur dire."

"Tu as peur d'eux ?"

Je réfléchis longtemps avant de répondre.

"J'ai peur de ce qu'ils vont penser de moi. Et j'ai peur qu'ils te fassent du mal, d'une manière ou d'une autre."

"Ils ne me connaissent même pas. Comment ils pourraient me faire du mal ?"

C'est une question d'enfant, posée avec la logique implacable des enfants.

Je n'ai pas de réponse honnête à lui donner qui ne commence pas par des excuses.

Cette nuit-là, je repense à mon père, à sa voix glaciale sur le perron, à ma mère derrière la porte moustiquaire qui pleurait sans intervenir.

Dix ans ont passé.

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Je me demande, pour la première fois depuis longtemps, si les gens changent vraiment, ou s'ils se contentent de vieillir dans les mêmes certitudes.

Keep reading Part 4 — because à dix ans, Léo va poser une question que je ne pourrai plus refuser, et cette fois, je devrai enfin reprendre la route vers Grasse.

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