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Le Nom Que Je N'ai Jamais Prononcé

Chapter 02 - Le Nom Que Je N'ai Jamais Prononcé

Les gens pensent souvent qu'un secret, c'est un mensonge qu'on répète.

Ce n'est pas vrai. Un vrai secret, c'est une pièce qu'on verrouille et dont on jette la clé, encore et encore, chaque matin, pendant dix ans.

Le père de Léo s'appelle Nathan Béraud.

Voilà. Écrit noir sur blanc, ça paraît si simple.

Mais ce nom, à Grasse, n'était pas simplement un nom. C'était une déclaration de guerre.

Les Béraud possédaient la Maison Béraud, la seule maison de parfum capable de rivaliser avec la nôtre depuis trois générations. Et ce n'était pas une rivalité amicale.

Vingt ans avant ma naissance, mon grand-père avait volé une formule aux Béraud. Une formule de fixateur, un secret de fabrication qui aurait dû appartenir à leur famille pour toujours.

Mon père n'en parlait jamais directement. Mais je connaissais l'histoire par bribes, glanées dans les conversations coupées court dès que j'entrais dans une pièce.

J'avais rencontré Nathan à l'école de parfumerie de Grasse, celle où nos deux familles envoyaient leurs enfants malgré la guerre froide entre elles.

Il avait le rire facile. Il tenait ses mouillettes à l'envers, disait-il, pour "sentir avec plus d'honnêteté."

On s'est rapprochés doucement, sur des bancs de laboratoire, sur des essais de formules qu'on n'était pas censés partager entre familles rivales.

Je n'avais jamais eu l'intention de tomber amoureuse d'un Béraud.

Mais l'amour ne consulte jamais un arbre généalogique avant de s'installer.

Quand j'ai découvert que j'étais enceinte, je savais exactement ce qui se passerait si je prononçais son nom devant mon père.

Ce n'était pas seulement la honte d'une fille-mère aux yeux d'une famille bourgeoise de province.

C'était pire.

Cette semaine-là, mon père finalisait la plus grande fusion de sa carrière — une acquisition qui devait absorber une petite maison en difficulté et, à travers elle, obtenir enfin un accès légal à cette fameuse formule volée, blanchie après vingt ans de prescription commerciale.

Si les Béraud avaient appris que leur fils et moi étions ensemble, ils auraient tout de suite compris pourquoi mon père s'intéressait soudain à cette petite maison.

Ils auraient tout arrêté.

Alors je me suis tue.

J'ai pensé, naïvement, que je pourrais protéger tout le monde en gardant le silence : Nathan de la colère de sa famille, mon père de son marché, et moi-même de la question que je redoutais le plus.

Ce que je n'avais pas prévu, c'est que Nathan partirait étudier à Grenoble cette même année, sans savoir que j'étais enceinte, sans savoir que je ne répondrais plus jamais à ses messages.

Je n'ai jamais eu le courage de lui dire.

Je me suis convaincue que c'était pour le protéger.

La vérité, c'est que j'avais peur.

Peur qu'il choisisse sa famille, comme la mienne l'avait fait.

Peur de perdre le peu de dignité qu'il me restait si je devais, en plus d'être rejetée, être aussi refusée par lui.

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Léo a six ans quand il me pose la question pour la première fois, un soir, en pyjama, assis sur le bord du lit.

"Maman, pourquoi je n'ai pas de papa comme les autres ?"

J'ai posé le livre que je lui lisais.

"Tu as un papa, mon cœur. Il ne sait juste pas encore que tu existes."

"Pourquoi il ne sait pas ?"

Je n'ai pas répondu tout de suite.

"Parce que maman a eu peur de le lui dire."

Léo m'a regardée avec ce sérieux qu'il avait toujours eu, même bébé.

"Tu n'as plus peur maintenant ?"

Je n'ai pas su quoi répondre.

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Je n'étais pas prête. Pas encore.

Keep reading Part 3 — because Léo grandit, et un objet oublié dans une vieille boîte va bientôt lui poser une question à laquelle je ne pourrai plus échapper.

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