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Les Fissures

Chapter 12 - Les Fissures

Vendredi matin, mon père m'appelle pour la première fois depuis trois jours.

"Camille. J'ai besoin que tu partes avant ce soir."

Sa voix n'a plus rien de la froideur habituelle. Elle tremble légèrement, comme celle d'un homme qui sent le sol se dérober sous lui sans comprendre exactement pourquoi.

"Pourquoi, Papa ?"

"Parce que j'ai appris que Nathan Béraud fouille dans de vieux dossiers avec sa tante. Je sais ce que vous cherchez."

"Alors tu sais que tu devrais avoir peur, en effet."

Un silence.

"Camille, écoute-moi. Si tu dis quoi que ce soit ce soir, tu ne détruis pas seulement ma réputation. Tu détruis l'emploi de trente-deux familles qui dépendent de cette fusion. Des gens qui n'ont rien à voir avec cette vieille histoire."

"Tu utilises encore les mêmes excuses que ton père, Papa. 'Ça sauve des emplois.' Ça n'a jamais été qu'un prétexte pour ne jamais assumer ce que tu as fait."

"Ce que MON père a fait."

"Non." Ma voix est plus dure que je ne l'aurais imaginé. "J'ai lu la lettre, Papa. Celle de l'arrière-grand-mère de Nathan. Tu avais vingt-cinq ans quand tout ça s'est passé. Tu savais. Tu as eu le choix de rendre la formule et de tout arrêter, et tu as choisi de laisser faire."

Le silence, cette fois, dure si longtemps que je crois qu'il a raccroché.

"Comment... comment as-tu—"

"Peu importe comment. Ce qui compte, c'est que ce soir, à ta réception, tout le monde va savoir exactement ce que la Maison Delacroix a construit, et comment."

"Camille, je t'en supplie."

C'est la première fois de ma vie que j'entends mon père supplier.

"Je ne fais pas ça pour te faire du mal, Papa. Je le fais parce que Léo a le droit de porter mon nom, ou celui de Nathan, sans qu'il soit associé pour toujours à un mensonge que personne n'a jamais eu le courage de corriger."

"Et si je répare tout, maintenant, discrètement ? Je peux dédommager la Maison Béraud, reconnaître les torts en privé, sans scandale public—"

"Tu as déjà eu vingt-cinq ans pour faire ça discrètement, Papa. Tu as choisi, à la place, d'essayer de couler leur réputation avec une fausse rumeur bancaire, il y a trois jours à peine. Le temps du silence discret est terminé."

J'entends sa respiration, saccadée, de l'autre côté de la ligne.

"Je vais tout perdre," dit-il enfin, la voix presque enfantine.

"Peut-être. Ou peut-être que tu vas enfin pouvoir construire quelque chose qui ne repose pas sur un mensonge. C'est à toi de voir comment tu veux vivre le reste de ta vie, Papa. Moi, j'ai fait mon choix il y a longtemps, sur ce perron, quand tu m'as demandé de partir."

Je raccroche avant qu'il puisse répondre.

Ma mère, qui a écouté la conversation depuis la cuisine, s'approche, une main sur mon épaule.

"Ça va aller ?"

"Je ne sais pas. Mais je ne peux plus reculer maintenant."

Cet après-midi-là, en préparant Léo pour la réception — nous avons décidé, tous ensemble, qu'il viendrait, qu'il avait le droit d'être présent pour ce moment qui le concerne autant que nous — il me pose une dernière question, en nouant sa petite cravate devant le miroir de l'entrée.

"Maman, est-ce que ce soir, Papi va enfin savoir que je suis content d'exister, même si ça le dérange ?"

Je m'agenouille devant lui, ajuste sa cravate.

"Ce soir, mon cœur, tout le monde va savoir que tu as toujours eu le droit d'exister. Peu importe ce que Papi en pense."

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Léo hoche la tête, sérieux, et referme sa main sur le flacon ambré qu'il a glissé dans sa poche de veste pour l'occasion.

Keep reading Part 13 — because à la réception, devant tous les invités, la vérité va enfin éclater, et personne ne s'attend à la façon dont mon père va réagir.

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