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Dix Bougies

Chapter 04 - Dix Bougies

Le jour de ses dix ans, Léo souffle ses bougies, fait un vœu les yeux fermés très fort, comme s'il négociait avec quelque chose de plus grand que lui.

Après le gâteau, une fois les invités partis, il vient s'asseoir près de moi sur le canapé, le flacon ambré serré dans sa main comme toujours.

"Maman. J'ai fait un vœu tout à l'heure."

"Ah oui ? Tu ne peux pas me le dire, sinon il ne se réalise pas."

Il sourit à moitié, puis redevient sérieux, cette gravité d'enfant qui m'a toujours semblé trop lourde pour ses épaules.

"Je peux te le dire quand même. Je veux rencontrer Papi et Mamie. Juste une fois."

Je le regarde longtemps.

Dix ans que j'esquive cette conversation avec des réponses vagues, des "un jour", des "quand tu seras plus grand."

Il vient d'avoir dix ans.

Il n'est plus un bébé qu'on protège en gardant tout dans l'ombre. C'est un petit garçon qui a le droit de savoir d'où il vient, même si ce qu'il découvre n'est pas beau.

"D'accord," je réponds.

Il ouvre grand les yeux.

"Vraiment ?"

"Vraiment. On va préparer un sac, et on ira à Grasse ce week-end."

---

Le trajet dure trois heures. Léo ne parle presque pas, le regard fixé sur le paysage qui change, les collines qui deviennent plus sèches, plus parfumées, à mesure qu'on approche de la Provence.

Je reconnais chaque virage avant même de le voir. Le corps se souvient de la route même quand on a essayé de l'oublier.

On arrive en fin d'après-midi, l'heure où la lumière dorée tombe en oblique sur les façades ocres du quartier où j'ai grandi.

La maison n'a pas changé. Les volets, le lierre sur la façade, le même lampadaire ancien près de la porte.

Je gare la voiture un peu plus loin dans la rue. Je ne suis pas encore prête à me garer directement devant.

"C'est là ?" demande Léo, la main déjà sur la poignée de la portière.

"C'est là."

On marche jusqu'à la porte. Léo prend ma main, plus fort que d'habitude.

Je frappe.

Quelques secondes passent. Je les compte, comme toujours, une vieille habitude de parfumeur.

La porte s'ouvre.

Mon père se tient dans l'embrasure, plus vieux que dans mon souvenir, les cheveux plus gris, le visage figé comme s'il venait de voir un fantôme.

"Camille ?"

Ma mère apparaît derrière lui.

Son regard tombe sur Léo.

Elle porte la main à sa bouche.

Personne ne parle pendant un long moment. Dix ans de silence se tiennent entre nous, sur ce perron.

Puis je prends une inspiration, celle que je retiens depuis une décennie, et je dis les mots que je porte en moi depuis si longtemps.

"Il faut que je vous dise la vérité."

Le visage de mon père se durcit.

"La vérité sur Léo."

Ma mère porte sa main à sa bouche, tremblante.

"Et la vraie raison pour laquelle je n'ai jamais pu m'en séparer."

La couleur se retire de leurs deux visages.

Leurs yeux se posent sur mon fils.

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Et pour la première fois depuis que je suis arrivée... leurs mains commencent à trembler.

Keep reading Part 5 — because le nom de Nathan Béraud n'est pas la seule chose que je m'apprête à révéler ce soir-là, et mon père a bien plus à perdre qu'il ne le croit.

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