chapitre 07 - La Dernière Manœuvre

Chapter 07 - chapitre 07 - La Dernière Manœuvre
Geneviève ne resta pas inactive bien longtemps face à cette situation critique. Dès le lendemain matin, avant même l'arrivée programmée de Maître Delmas, elle convoqua en urgence son propre avocat personnel, Maître Berthier, un homme habitué depuis longtemps à défendre les intérêts les plus délicats de la haute société biarrote dans ce genre d'affaires sensibles.
« Cette vidéo, » expliqua-t-elle, la voix retrouvant progressivement son assurance naturelle habituelle, « peut sans doute être interprétée de multiples façons différentes. Un geste ambigu, filmé sous un angle qui ne montre pas clairement l'intention réelle qui l'animait. »
Maître Berthier, après avoir visionné attentivement les images que Vincent avait fini par transmettre également à la défense, dans un souci louable de transparence totale envers la procédure, resta silencieux un long moment avant de répondre.
« Madame Aubertin, » dit-il enfin, la voix empreinte d'une gravité inhabituelle, « je dois être parfaitement honnête avec vous sur ce point précis. Cette vidéo, combinée à l'incident de l'hôpital également filmé par les techniciens de la clinique, constitue un dossier judiciaire extrêmement difficile à défendre efficacement devant n'importe quel tribunal. Je vous recommande très vivement d'envisager sérieusement une reconnaissance partielle des faits, en invoquant éventuellement un état de détresse psychologique profonde, plutôt qu'une bataille frontale que vous risquez fort de perdre définitivement, avec des conséquences pénales bien plus lourdes encore à la clé. »
Geneviève refusa d'abord catégoriquement cette suggestion, la jugeant humiliante et prématurée, avant de finalement, après plusieurs jours entiers de réflexion tendue et solitaire, envisager sérieusement une approche radicalement différente.
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Elle se présenta à la clinique un après-midi, sans prévenir personne à l'avance, alors que Manon se reposait seule dans sa chambre, Vincent étant reparti chercher quelques affaires personnelles à leur appartement du centre-ville.
« Manon, » dit-elle en entrant discrètement, la voix inhabituellement douce, presque suppliante dans son intonation. « Je suis venue m'excuser sincèrement. Du fond du cœur, je te le promets. »
Manon se raidit instantanément sur son lit, cherchant immédiatement du regard le bouton d'appel infirmier posé bien en évidence sur sa table de chevet, prête à l'actionner au moindre signe suspect.
« Je ne te ferai absolument aucun mal, » dit rapidement Geneviève, remarquant clairement ce geste défensif immédiat. « Je voulais simplement... t'expliquer calmement la situation. Te faire comprendre que ce que j'ai fait, je l'ai fait dans un moment total d'égarement psychologique. La peur viscérale de perdre définitivement le contrôle de tout ce que j'ai patiemment bâti au fil des années m'a rendue... quelqu'un que je ne reconnais absolument plus moi-même aujourd'hui. »
« Vous avez essayé de me tuer, Geneviève. Par deux fois distinctes. » La voix de Manon tremblait sensiblement, mais restait néanmoins fermement déterminée. « Et vous avez également tenté de tuer votre propre petit-enfant à naître. »
« Je le sais parfaitement, » murmura Geneviève, des larmes apparemment sincères coulant cette fois sur son visage fatigué. « Et je ne me le pardonnerai jamais complètement, quoi qu'il arrive par la suite. Mais je t'en supplie sincèrement, Manon. Si tu acceptais d'abandonner les poursuites judiciaires en cours, je m'engagerais formellement à me retirer complètement et immédiatement de la direction du groupe hôtelier, à céder immédiatement tout pouvoir décisionnel à Vincent. Volontairement, sans qu'aucun tribunal n'ait besoin de m'y contraindre par la force de la loi. »
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Manon observa longuement sa belle-mère, cherchant patiemment à démêler la sincérité véritable du calcul stratégique dans ce discours par ailleurs bien construit et apparemment convaincant.
« Ce n'est pas à moi seule de décider de cela, Geneviève, » dit-elle enfin, après une longue réflexion silencieuse. « Ce que vous avez fait dépasse très largement une simple question de patrimoine familial à régler entre nous. Vous avez délibérément mis en danger ma vie et celle de mon enfant à naître. Cela concerne directement la justice de notre pays, pas seulement notre famille restreinte. »
« Je comprends parfaitement votre position, » dit Geneviève, la tête baissée en signe apparent de contrition. « Mais je voulais au moins te dire personnellement, avant que tout cela ne devienne définitivement officiel et irréversible : je regrette sincèrement mes actes. Bien plus profondément que je ne saurais jamais l'exprimer avec de simples mots. »
Elle se leva, s'apprêtant visiblement à partir, quand Manon la retint par une dernière question qui la taraudait depuis des jours.
« Pourquoi, Geneviève ? Pourquoi cette obsession maladive du contrôle absolu, au point même de risquer de détruire définitivement toute votre famille par ces actes terribles ? »
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Geneviève resta silencieuse un long moment, la main posée sur la poignée de la porte. « Parce que j'ai passé toute mon existence à me sentir invisible derrière l'ombre imposante de mon défunt mari, Manon. Cette entreprise, c'était littéralement la seule chose au monde qui me donnait enfin une identité propre et reconnue socialement. Je ne voulais absolument pas la perdre. Même au prix terrible de ce que je suis manifestement devenue aujourd'hui à tes yeux. »
Elle sortit finalement sans attendre de réponse supplémentaire, laissant Manon seule avec cette confession amère qui n'excusait absolument rien de ses actes, mais qui expliquait peut-être, au moins partiellement, l'engrenage terrible qui avait mené jusqu'à cette situation dramatique actuelle.