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chapitre 04 - L'Enquête de Manon

Chapter 04 - chapitre 04 - L'Enquête de Manon

Le lendemain, une fois Yvonne repartie et Vincent retenu par une réunion professionnelle qu'il ne pouvait reporter sans compromettre l'ouverture de l'établissement de Saint-Jean-de-Luz, Manon demanda à voir le docteur Rivière en privé, profitant d'un créneau où la chambre resterait sans autre visiteur pendant au moins une heure.

« Docteur, » commença-t-elle, choisissant soigneusement ses mots avec la prudence d'une personne consciente de l'importance de chaque terme employé, « lorsque je suis arrivée aux urgences, avez-vous remarqué quelque chose d'inhabituel sur mon corps ? En dehors des blessures directement attribuables à la chute elle-même. »

Le docteur Rivière consulta son dossier avec attention, fronçant légèrement les sourcils en parcourant les notes prises lors de l'admission initiale. « Maintenant que vous le mentionnez, oui, effectivement. Une légère marque, presque effacée aujourd'hui, entre les omoplates. Une pression plutôt qu'un impact direct, si je me souviens bien de mes propres observations initiales. Nous l'avons notée dans le rapport initial, mais l'avons attribuée, à l'époque, à la chute elle-même, peut-être contre une marche ou contre la rambarde métallique de l'escalier. »

« Est-il possible, » demanda Manon, la voix tremblante malgré tous ses efforts pour paraître calme, « que cette marque provienne d'une poussée délibérée, plutôt que d'une simple chute accidentelle contre un élément de l'escalier ? »

Le médecin la regarda longuement, son expression professionnelle laissant transparaître, pour la première fois, une inquiétude sincère face à la gravité potentielle de cette question. « C'est... c'est effectivement une possibilité que je ne peux ni confirmer ni exclure formellement, avec les seuls éléments médicaux dont je dispose actuellement dans votre dossier. Mais je peux tout à fait demander qu'un rapport complémentaire, plus détaillé, soit établi par un médecin légiste, si vous le souhaitez réellement. »

« Je le souhaite, » dit Manon fermement, sa voix retrouvant soudain une assurance qu'elle ne se connaissait plus depuis l'accident. « Et je vous demande de garder cela strictement confidentiel, docteur. Pour l'instant, du moins, jusqu'à ce que j'aie pu vérifier certains éléments par moi-même. »

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Ce soir-là, quand Vincent revint enfin à son chevet, fatigué mais soulagé d'avoir pu régler les derniers détails de l'ouverture prochaine, Manon hésita longuement avant de partager avec lui ses soupçons grandissants. Elle craignait sa réaction, craignait de briser quelque chose entre lui et sa mère qu'elle ne pourrait peut-être jamais réparer complètement si, par malheur, elle se trompait dans ses déductions.

Mais elle craignait davantage encore de se taire, de rester exposée à un danger qu'elle commençait à peine à mesurer dans toute son ampleur potentielle, un danger qui menaçait non seulement sa propre vie, mais aussi celle de l'enfant qu'elle portait.

« Vincent, » dit-elle enfin, rassemblant tout son courage, « je dois te parler de quelque chose d'extrêmement important. Sur la soirée de ma chute, et sur ce que je commence à comprendre depuis. »

Elle lui raconta tout, méthodiquement, sans rien omettre : le souvenir persistant de cette main fermement posée dans son dos, la visite bouleversante d'Yvonne quelques jours plus tôt, la clause précise du testament que la gouvernante lui avait révélée avec tant d'hésitation, la marque suspecte relevée initialement par le docteur Rivière et dont elle venait tout juste de reparler avec elle.

Vincent écouta en silence, son visage devenant de plus en plus pâle à mesure que le récit avançait, chaque nouvel élément s'ajoutant aux précédents comme les pièces d'un puzzle terrible qu'il n'avait jamais eu l'intention d'assembler.

« Tu penses que ma mère t'a poussée, » dit-il enfin, la voix blanche, presque méconnaissable. « Pour m'empêcher de devenir père officiellement reconnu. Pour garder le contrôle absolu de l'entreprise qu'elle dirige depuis la mort de Papa. »

« Je ne sais pas encore avec certitude, Vincent. Mais je pense sincèrement que nous devons en avoir le cœur net, pour notre propre sécurité, et pour celle de notre enfant à venir. »

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Vincent resta silencieux un long moment, luttant visiblement contre des années entières de loyauté filiale profondément ancrée et l'évidence troublante qui s'accumulait pourtant devant lui, pièce après pièce, comme un mur qu'il ne pouvait plus ignorer.

« Il y a une chose que je peux vérifier assez facilement, » dit-il enfin, après cette longue réflexion silencieuse. « La villa a été équipée de nouvelles caméras de sécurité l'année dernière, après cette tentative de cambriolage dont je t'avais parlé au printemps. Il devrait exister un enregistrement complet de cette soirée précise, si le système fonctionnait normalement ce jour-là. »

« Ta mère aurait-elle pu l'effacer, si elle savait que ces caméras existaient ? » demanda Manon, une pointe d'angoisse nouvelle dans la voix.

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« Peut-être, effectivement, si elle en avait eu l'occasion et la présence d'esprit nécessaire dans l'immédiat après-coup. Mais les caméras du hall d'entrée sont reliées à un système de sauvegarde externe, géré directement par la société de sécurité elle-même, et non simplement par le disque dur interne de la villa que n'importe qui pourrait facilement manipuler. Je vais les contacter dès demain matin, à la première heure. »

Il prit la main de Manon, la serrant avec une détermination toute nouvelle qui semblait avoir définitivement chassé son hésitation initiale. « Si c'est vrai, si ma mère a vraiment fait ça... je veux le savoir avec certitude absolue. Pour toi. Pour notre enfant à naître. Et aussi, d'une certaine manière, pour comprendre enfin qui est réellement ma mère, au-delà de l'image que j'ai toujours voulu croire. »

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