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chapitre 06 - La Confrontation

Chapter 06 - chapitre 06 - La Confrontation

Vincent retrouva sa mère ce soir-là dans le grand salon de la villa, assise près de la cheminée allumée, un verre de porto ambré à la main, comme si les derniers jours n'avaient été qu'une péripétie mineure et sans réelle conséquence dans le cours normal de son existence.

« Vincent, » dit-elle en le voyant entrer d'un pas décidé, « je commençais sincèrement à m'inquiéter de ne pas te voir depuis hier. Comment va Manon, aujourd'hui ? Toujours ces problèmes de mémoire dont tu me parlais ? »

« J'ai vu les images des caméras de sécurité, Maman, » dit-il sans préambule, sans lui laisser le temps de dérouler davantage cette conversation faussement anodine.

Le visage de Geneviève se figea l'espace d'une seconde à peine, avant de reprendre, avec un effort visible, une contenance presque parfaite. « Quelles images précisément ? »

« Celles du hall d'entrée, filmées la nuit exacte de la chute de Manon. Je t'ai vue la pousser, Maman. Délibérément, sans la moindre ambiguïté possible. »

Geneviève posa lentement son verre de porto sur la petite table près d'elle, avec une lenteur toute calculée, comme si elle cherchait désespérément à gagner un peu de temps supplémentaire pour organiser mentalement sa défense.

« Tu comprends manifestement mal ce que tu penses avoir vu, » dit-elle enfin, la voix étonnamment calme malgré la gravité de l'accusation. « J'ai simplement voulu... la rattraper dans son mouvement. Un geste maladroit de ma part, dans la précipitation du moment. »

« Un geste maladroit ne pousse pas quelqu'un fermement dans le dos avec cette force précise et calculée, Maman. Et cela n'explique certainement pas, non plus, ce que tu as tenté de faire à l'hôpital, avec cet oreiller, devant témoins. »

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Geneviève se leva lentement de son fauteuil, faisant face à son fils avec une intensité froide qui lui glaça littéralement le sang malgré la chaleur du feu crépitant dans l'âtre.

« Tu ne comprends absolument pas ce qui est réellement en jeu ici, Vincent, » dit-elle enfin, abandonnant définitivement tout prétexte ou toute tentative de justification alambiquée. « Cette entreprise, c'est trente années entières de la vie de ton père. Trente années également des miennes, à ses côtés jour après jour, à le conseiller patiemment, à le soutenir dans chacune de ses décisions stratégiques les plus difficiles. Et maintenant, à cause d'une clause absurde qu'il a ajoutée dans un moment de sentimentalisme mal placé peu avant sa mort, tout cela devrait m'échapper définitivement au premier cri d'un simple nourrisson ? »

« Tu as essayé de tuer ma femme, » dit Vincent, la voix tremblante d'une colère qu'il contenait désormais à grand-peine, « et l'enfant innocent qu'elle porte actuellement. Notre enfant à nous deux, Maman. Ton propre petit-enfant à naître. »

« Cet enfant n'existe pas encore vraiment de manière officielle et reconnue, » répliqua froidement Geneviève, sans le moindre remords apparent dans la voix. « Ce n'est encore, à mes yeux, qu'une simple possibilité future, une menace réelle et concrète pour tout ce que j'ai patiemment construit au fil de ces trente dernières années. »

Vincent recula d'un pas entier, comme physiquement frappé par la froideur glaciale de cette réponse inattendue.

« Je ne te reconnais plus du tout, » murmura-t-il, la voix brisée. « Ou peut-être, à bien y réfléchir, que je ne t'ai jamais vraiment connue en profondeur jusqu'à aujourd'hui. »

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« Réfléchis bien avant d'agir, Vincent, » dit Geneviève, changeant soudainement de ton, devenant plus suppliante en apparence, mais tout aussi calculatrice dans le fond. « Si tu portes plainte officiellement, tu détruis notre famille entière aux yeux de tous. Le scandale ruinera définitivement la réputation du groupe Aubertin dans toute la région. Des centaines d'employés fidèles perdront leur emploi si les investisseurs se retirent brutalement. Est-ce vraiment, sincèrement, ce que tu souhaites provoquer ? »

« Ce que je souhaite avant tout, » répondit Vincent, la voix retrouvant enfin sa fermeté initiale, « c'est que ma femme et mon enfant à naître soient définitivement en sécurité, à l'abri de toute nouvelle tentative. Ce que je veux, c'est la vérité complète, et la justice pour ce qui s'est passé. Le reste, nous le gérerons ensemble, d'une manière ou d'une autre, avec le temps. »

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Il se dirigea résolument vers la porte du salon, puis se retourna une dernière fois avant de sortir définitivement. « Maître Delmas viendra te voir dès demain matin, Maman. Je te conseille très fortement de coopérer pleinement avec elle, pour ton propre intérêt. »

Il sortit sans attendre la moindre réponse supplémentaire, laissant Geneviève complètement seule dans le grand salon silencieux, son verre de porto resté intact sur la petite table, le feu de la cheminée projetant des ombres mouvantes et inquiétantes sur son visage soudainement vieilli par l'angoisse la plus profonde.

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