newscapedaily

chapitre 05 - Les Caméras

Chapter 05 - chapitre 05 - Les Caméras

La société de sécurité mit deux jours entiers à retrouver et transmettre l'enregistrement complet de la soirée en question, invoquant des délais administratifs habituels pour toute demande officielle de ce type, particulièrement lorsqu'elle émanait directement d'un client aussi établi que la famille Aubertin.

Vincent regarda les images seul, tard dans la soirée, dans le bureau de son père resté quasiment intact depuis sa mort survenue six ans plus tôt, cette pièce que Geneviève elle-même n'avait jamais eu le cœur de réaménager, préférant la conserver comme un sanctuaire silencieux à la mémoire de son mari disparu.

La caméra du hall d'entrée, orientée précisément vers le bas du grand escalier de pierre, montrait effectivement Manon montant les marches d'un pas léger et normal, quelques minutes seulement après la fin du dîner familial. Puis, quelques secondes plus tard à peine, Geneviève la suivait de près, une serviette blanche pliée à la main, exactement comme elle l'avait toujours prétendu lors de ses explications répétées à qui voulait bien l'entendre.

Ce que la caméra montra ensuite glaça littéralement le sang de Vincent, le laissant figé devant son écran d'ordinateur, incapable pendant plusieurs longues secondes de simplement respirer normalement.

Arrivée au sommet de l'escalier, Geneviève posa calmement la serviette sur la rampe de pierre, puis, d'un geste bref, presque négligent dans son exécution, poussa fermement Manon dans le dos, exactement à l'endroit où le docteur Rivière avait relevé cette marque suspecte lors de l'examen initial.

Manon bascula immédiatement, dévalant les quinze marches de pierre sous le regard parfaitement impassible de sa belle-mère, qui referma calmement la porte du palier supérieur avant de redescendre tranquillement par l'autre escalier, celui réservé habituellement au service, quelques instants seulement plus tard, comme si absolument rien d'anormal ne venait de se produire sous ses yeux.

---

Vincent visionna la scène terrible à trois reprises consécutives, cherchant désespérément une autre interprétation possible, un geste accidentel, un mouvement simplement mal compris ou mal interprété par l'angle limité de la caméra. Mais l'image, malgré tous ses efforts pour la nier, restait sans la moindre ambiguïté possible. Le geste de sa mère était délibéré, parfaitement calculé, presque mécanique dans sa froideur d'exécution, sans la moindre hésitation perceptible.

Il resta assis dans le bureau de son défunt père pendant plus d'une heure entière, totalement incapable de bouger, les images terribles repassant en boucle dans son esprit comme une torture qu'il s'infligeait volontairement, cherchant peut-être, inconsciemment, à s'habituer progressivement à l'horreur de ce qu'il venait de découvrir.

Puis il appela Maître Sabine Delmas, l'avocate de la famille depuis toujours, une femme en qui son père avait toujours eu une confiance absolue et sans faille tout au long de sa carrière professionnelle.

« Vincent ? » répondit-elle, visiblement surprise par cet appel tardif en pleine soirée. « Que se passe-t-il donc de si urgent pour m'appeler à cette heure ? »

« Sabine, j'ai besoin de vos conseils juridiques, en toute confidentialité absolue. J'ai des preuves vidéo qui montrent, sans ambiguïté aucune, que ma mère a délibérément provoqué la chute de Manon dans l'escalier de la villa, il y a trois semaines. »

Un silence suivit, long, particulièrement chargé de gravité. « Vincent, » dit enfin Maître Delmas, la voix soudainement devenue grave et professionnelle, « apportez-moi immédiatement ces images demain matin, à la toute première heure disponible. Ceci est extrêmement sérieux, et nous devons agir avec la plus grande prudence juridique possible. »

---

Le lendemain matin, dans le cabinet cossu de Maître Delmas situé au centre historique de Biarritz, Vincent visionna à nouveau les images terribles en compagnie de l'avocate expérimentée, cette fois avec un regard plus analytique, plus froidement professionnel qu'il ne pensait pouvoir en avoir face à sa propre mère.

« Cette vidéo constitue une preuve absolument accablante, » dit Maître Delmas après l'avoir examinée attentivement à plusieurs reprises sur son propre écran. « Combinée au rapport médical mentionnant précisément une marque de pression entre les omoplates, cela pourrait tout à fait suffire à engager des poursuites pénales pour tentative d'homicide volontaire. »

« Et l'incident de l'oreiller, à l'hôpital même ? » demanda Vincent, la voix tremblante en repensant à la scène terrible dont il avait été le témoin direct quelques jours plus tôt seulement. « Cela a également été filmé, par les techniciens venus installer les nouvelles caméras de sécurité de la suite. »

« Cela aggrave considérablement et définitivement la situation juridique de votre mère, » confirma l'avocate d'un ton neutre mais ferme. « Deux tentatives distinctes, clairement séparées de plusieurs semaines dans le temps, démontrant sans conteste possible une intention criminelle répétée et délibérée. Vincent, je dois vous poser directement une question extrêmement difficile : êtes-vous réellement prêt, en votre âme et conscience, à porter plainte formellement contre votre propre mère ? »

May you like

Vincent ferma les yeux un long moment, revoyant mentalement le visage terrifié de Manon sous l'oreiller, entendant à nouveau distinctement sa voix fragile murmurant ces mots qui avaient tout déclenché : « Demande-lui ce qui s'est passé dans l'escalier. »

« Oui, » dit-il enfin, la voix ferme malgré les larmes silencieuses qui perlaient désormais à ses yeux fatigués. « Je suis prêt à assumer cette décision, quelles qu'en soient les conséquences pour notre famille. »

Other posts