newscapedaily

chapitre 09 - Le Bastingage Revisité

Chapter 09 - chapitre 09 - Le Bastingage Revisité

« Il dort dans la cabine, avec la nourrice, » répondit Delphine, sentant néanmoins une angoisse sourde monter en elle face au changement soudain d'attitude de sa mère, cette question qui n'avait rien d'anodin venant d'une femme qu'elle venait tout juste d'accuser de falsification et de mensonge organisés.

« Va le chercher, » ordonna Régine, sa voix retrouvant cette autorité implacable qu'elle utilisait habituellement pour diriger les réunions du conseil d'administration les plus tendues. « Je veux qu'il soit présent pour ce qui va suivre. »

Delphine hésita, une intuition profonde lui soufflant que quelque chose de terrible se préparait, une voix intérieure qui lui hurlait de fuir immédiatement, de rejoindre Marc, de mettre fin à cette conversation qui prenait un tour de plus en plus inquiétant, mais l'autorité naturelle de sa mère, ancrée depuis l'enfance, la poussa néanmoins à obéir, redescendant rapidement chercher son fils endormi dans la cabine voisine, son cœur battant la chamade tout au long de ce trajet qui lui parut interminable.

Lorsqu'elle remonta sur le pont supérieur, Hugo dans les bras, à peine réveillé et encore ensommeillé, se frottant les yeux et demandant d'une petite voix pâteuse où ils allaient à cette heure, elle trouva sa mère accompagnée désormais de Gérard et d'une invitée qu'elle ne connaissait que vaguement, une certaine Madame Ferrand, épouse d'un investisseur important du groupe qu'elle avait croisée quelques minutes plus tôt près du buffet.

« Que se passe-t-il, Maman ? » demanda Delphine, sentant l'angoisse se transformer progressivement en une peur beaucoup plus concrète et immédiate face à cette scène qui ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait pu imaginer.

« Tu comptes détruire tout ce que j'ai construit, » répondit Régine, sa voix retrouvant cette froideur implacable qui glaçait désormais complètement Delphine. « Tu comptes porter plainte, révéler la vérité au conseil d'administration, ruiner la vente qui doit se conclure dans exactement deux semaines et qui représente des années de négociations minutieuses. Je ne peux pas te laisser faire cela, Delphine. Je ne peux absolument pas, tu comprends. Je ne peux pas laisser une chose pareille se produire, pas après tout ce que j'ai sacrifié. »

---

Avant que Delphine ne comprenne pleinement ce qui se tramait, avant même qu'elle ait pu réagir ou reculer d'un pas, Gérard s'approcha d'elle par derrière avec une rapidité surprenante pour un homme de son âge, la saisissant fermement par les épaules tandis que Régine désignait le bastingage du pont d'un geste presque naturel, comme s'il s'agissait d'une décision parfaitement rationnelle qu'elle avait mûrement pesée.

« Qu'est-ce que vous faites ? Lâchez-moi ! » cria Delphine, serrant instinctivement Hugo contre elle tandis que Gérard la poussait inexorablement vers le bord du navire, sa force physique rendant toute résistance immédiatement inutile malgré les efforts désespérés qu'elle déployait pour se dégager de cette emprise.

« Une chute accidentelle, » murmura Régine, comme si elle répétait un scénario déjà longuement mûri dans son esprit au fil des semaines précédentes. « Une mère trop fatiguée, ayant trop bu peut-être après cette longue soirée, qui perd l'équilibre avec son fils dans les bras par une nuit venteuse. Cela arrive, malheureusement, même dans les meilleures familles, et personne ne pourra jamais prouver le contraire. »

Madame Ferrand, l'invitée témoin de cette scène terrible, resta figée sur place, visiblement horrifiée mais paralysée par la stupeur et probablement aussi par une peur légitime pour sa propre sécurité face à ce déchaînement de violence inattendu venant d'une femme qu'elle avait toujours connue comme l'incarnation même du raffinement mondain.

Delphine se retrouva basculée par-dessus le bastingage, se rattrapant in extremis à la rambarde métallique dans un réflexe désespéré, une main agrippée au métal glacé, l'autre serrant désespérément son fils contre sa poitrine, suspendue au-dessus de l'eau noire qui s'étendait, menaçante, plusieurs mètres en contrebas, le vent s'engouffrant sous sa robe et menaçant à chaque instant de lui faire perdre définitivement l'équilibre.

May you like

C'est à cet instant précis que Régine se pencha au-dessus du bastingage, sa bague de diamant scintillant sous la lune comme un dernier éclat de cette vie de luxe qu'elle avait tant voulu préserver, et prononça ces mots que Delphine n'oublierait jamais, quoi qu'il advienne par la suite.

« Lâche prise. »

Other posts