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« Il levait sa canne noire sur sa femme enceinte dans le couloir de l'hôtel — puis les portes de l'ascenseur se sont ouvertes. »

« Il levait sa canne noire sur sa femme enceinte dans le couloir de l'hôtel — puis les portes de l'ascenseur se sont ouvertes. »

## chapitre 01 - Le Couloir

La canne noire fendit l'air avec un sifflement sec avant de s'abattre violemment sur le marbre du couloir, à quelques centimètres seulement de Sophie, le choc résonnant dans tout l'étage comme un coup de tonnerre qui semblait faire trembler les murs eux-mêmes de cet établissement pourtant si paisible en temps normal.

La table console voisine bascula sous l'impact, le vase de porcelaine qui y trônait s'écrasant au sol en une explosion de fragments blancs et dorés qui roulèrent sur le marbre poli de ce couloir du dernier étage de l'Hôtel du Trianon, le fleuron du groupe hôtelier que possédait la famille Malherbe depuis trois générations, ici au cœur du huitième arrondissement parisien, à quelques pas seulement de l'avenue Montaigne où défilaient chaque jour les plus grandes maisons de couture du monde.

Sophie recula, trébucha, son dos heurtant le mur lambrissé de crème et d'or avant qu'elle ne s'effondre lourdement sur le sol de marbre, ses deux mains se refermant instinctivement sur son ventre arrondi de sept mois de grossesse, son souffle se bloquant dans sa poitrine sous l'effet conjugué de la panique et de la douleur de la chute qui venait de la surprendre si brutalement.

Antoine se tenait au-dessus d'elle, la canne noire encore tremblante dans sa main droite, son costume noir parfaitement coupé contrastant terriblement avec la violence qui déformait ses traits par ailleurs si séduisants en société, ce visage que tant de journaux financiers avaient photographié comme celui d'un homme d'affaires brillant et charismatique, ce même visage qui se révélait désormais sous un jour bien plus terrifiant.

Plus loin dans le couloir, deux femmes de chambre, Denise et Paulette, retenaient de leurs bras tendus la petite Alice qui se débattait entre elles, ses deux couettes noires s'agitant frénétiquement tandis qu'elle tentait désespérément de se libérer pour rejoindre sa mère effondrée sur le sol, ses petites mains tirant sur les manches de leurs uniformes noir et blanc avec une force inattendue chez une enfant de son âge.

En voyant Sophie tomber, Alice cessa immédiatement toute retenue. Un cri déchirant jaillit de sa poitrine, un mélange pur de terreur enfantine et de détresse absolue, avant qu'elle ne parvienne enfin à se dégager de l'emprise des deux femmes désormais paralysées par ce spectacle terrible qui se déroulait sous leurs propres yeux, incapables d'intervenir de peur des conséquences que pourrait leur infliger leur redoutable employeur.

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Antoine se pencha vers Sophie, l'agrippant fermement par le bras pour la redresser à moitié, ses doigts s'enfonçant dans sa chair avec une force qui trahissait toute l'ampleur de sa colère incontrôlée, cette colère qui couvait depuis des semaines et qui venait enfin de trouver son exutoire dans cette violence physique qu'il n'avait jamais osé exercer aussi ouvertement auparavant, même dans leurs pires disputes conjugales.

« Signe ces papiers, » gronda-t-il, sa voix vibrant d'une exigence qui ne tolérait manifestement aucun refus supplémentaire, sa main libre agitant devant le visage terrifié de Sophie une liasse de documents froissés qu'il avait extraite de la poche intérieure de son veston quelques instants plus tôt. « Signe-les maintenant, Sophie, ou je te promets que tu regretteras chaque seconde de cette obstination stupide. »

Sophie secoua faiblement la tête, à peine capable de tenir debout, son corps entier tremblant sous l'effet du choc et de la peur qui la submergeaient tout entière, ses yeux embués de larmes cherchant désespérément un moyen d'échapper à cette emprise terrifiante qui se resserrait autour d'elle depuis maintenant plusieurs longues minutes.

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C'est à cet instant qu'Alice, ayant enfin échappé aux deux femmes de chambre qui n'avaient finalement pas eu le cœur de la retenir davantage face à sa détresse si manifeste, franchit en courant les derniers mètres du couloir, ses petites chaussures noires claquant sur le marbre avec une précipitation désespérée, avant de se laisser tomber à genoux aux côtés de sa mère, ses mains tremblantes cherchant désespérément à toucher son visage.

« Maman ! Maman, réveille-toi ! » hurla-t-elle, sa voix se brisant sous l'intensité de sa panique enfantine, chaque syllabe portant en elle toute la terreur d'une petite fille voyant sa mère s'effondrer devant ses propres yeux, ce cri résonnant dans tout le couloir comme un appel désespéré qui semblait vouloir réveiller non seulement sa mère mais l'humanité tout entière de son propre père.

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