chapitre 04 - Les Symptômes Étranges

Chapter 04 - chapitre 04 - Les Symptômes Étranges
Dans les semaines qui suivirent l'installation de Yasmine au chalet familial, Élisabeth avait progressivement instauré cette habitude quotidienne consistant à lui apporter personnellement un verre d'eau chaque après-midi, prétextant l'importance cruciale d'une hydratation suffisante pour le bon déroulement de la grossesse, un geste qui avait initialement touché Yasmine par son apparente sollicitude maternelle, elle qui avait perdu sa propre grand-mère quelques années plus tôt et qui trouvait, dans cette attention nouvelle, un réconfort inattendu.
« Vous êtes tellement attentionnée, » avait-elle remarqué un jour, acceptant avec gratitude ce verre d'eau qu'Élisabeth lui tendait avec un sourire qu'elle jugeait alors parfaitement sincère et bienveillant, ne percevant absolument aucune once de calcul derrière ce geste qui semblait relever de la plus simple bienveillance familiale.
Ce que Yasmine ne pouvait absolument pas soupçonner, c'est qu'Élisabeth avait, dès les premières semaines de cette habitude apparemment innocente, commencé à y dissoudre régulièrement une substance qu'elle s'était procurée par des voies détournées, une substance destinée, selon ses calculs macabres soigneusement mûris au fil de nuits d'insomnie et de réflexion tourmentée, à provoquer progressivement une fausse couche qui mettrait définitivement fin à cette menace imminente pesant sur son contrôle absolu du Groupe Lombard.
Yasmine avait commencé à ressentir, environ deux semaines après le début de cette habitude quotidienne, des vertiges inhabituels qui la surprenaient par leur intensité, bien supérieure à ce que le docteur Nadia Ferrand, son obstétricienne attentive et rigoureuse, lui avait pourtant décrit comme les symptômes normaux associés à ce stade de sa grossesse, ces épisodes se manifestant systématiquement en fin d'après-midi, précisément après ces moments partagés avec sa belle-mère.
« C'est peut-être simplement une fatigue accumulée, » avait suggéré le docteur Ferrand lors d'une consultation de routine, examinant attentivement Yasmine sans disposer alors d'éléments suffisants pour suspecter la moindre cause extérieure à ces symptômes préoccupants qui, pris isolément, ne présentaient rien d'alarmant pour une praticienne n'ayant aucune raison de suspecter une intention criminelle au sein de cette famille apparemment si respectable. « Continuez à bien vous reposer et à vous hydrater correctement, tout cela devrait progressivement s'atténuer. »
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Julien, absorbé par ses responsabilités professionnelles croissantes au sein du Groupe Lombard, notamment la négociation délicate de l'acquisition d'un nouveau chalet à Chamonix qui l'occupait considérablement durant cette période, n'avait pas immédiatement remarqué l'ampleur véritable de ces symptômes que Yasmine mentionnait pourtant régulièrement, minimisant probablement, par optimisme naturel et par confiance aveugle envers sa propre mère, la gravité potentielle de ce qu'elle traversait quotidiennement.
Marie-Claire, la gouvernante du chalet familial depuis de nombreuses années et témoin discrète mais attentive de toute la vie quotidienne de cette famille, avait néanmoins remarqué, avec cette perspicacité propre aux employés de maison de longue date habitués à observer les moindres détails du fonctionnement familial, qu'Yasmine semblait de plus en plus fatiguée après chaque après-midi passé en compagnie d'Élisabeth, un détail qu'elle n'avait pas jugé initialement suffisamment significatif pour en parler ouvertement à qui que ce soit dans la famille, préférant attribuer cela aux aléas naturels d'une grossesse.
« Vous semblez épuisée, Madame Yasmine, » avait-elle remarqué un jour, alors qu'elle rangeait le linge dans la buanderie attenante à la cuisine, observant Yasmine se masser distraitement les tempes après le départ d'Élisabeth. « Peut-être devriez-vous vous reposer davantage cet après-midi, plutôt que de rester assise avec Madame Élisabeth pour votre habituel moment ensemble. »
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Yasmine, touchée par cette sollicitude mais ne percevant absolument aucun danger réel dans cette routine apparemment anodine qui rythmait paisiblement ses journées, avait poliment décliné cette suggestion, continuant fidèlement ce rituel quotidien avec sa belle-mère qu'elle considérait, malgré une froideur occasionnelle qu'elle attribuait simplement à un caractère naturellement réservé et à une génération élevée dans une certaine retenue émotionnelle, comme une figure familiale bienveillante dans sa nouvelle existence au sein de cette famille qu'elle avait rejointe avec tant d'espoir.
Ce n'est que ce jour fatidique, en observant par hasard le geste furtif d'Élisabeth laissant tomber ce comprimé dans son verre d'eau habituel, que Yasmine comprit enfin, avec une horreur rétrospective glaçante, l'origine véritable de ces semaines de malaise inexpliqué qu'elle avait pourtant si innocemment attribuées aux simples aléas naturels de sa grossesse, chaque souvenir de ces derniers jours prenant soudain un sens terrible et cohérent qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.