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chapitre 03 - Les Dettes de Françoise

Chapter 03 - chapitre 03 - Les Dettes de Françoise

Françoise Lambert n'avait jamais été une femme encline aux confidences, ayant construit toute son existence sur une image de rigueur et de respectabilité soigneusement entretenue depuis son veuvage.

Son mari, Henri Lambert, industriel prospère ayant fait fortune dans la construction navale de plaisance sur le lac Léman, était décédé quatre ans auparavant d'un cancer foudroyant, laissant à sa veuve une fortune conséquente qu'elle avait, dans les premiers temps du deuil, gérée avec une prudence exemplaire.

C'est précisément dans cette période de solitude nouvelle, alors que ses enfants avaient chacun leur propre vie active et que la grande maison familiale lui semblait soudain d'un vide insupportable, que Françoise avait découvert, lors d'une soirée organisée par une amie, l'atmosphère électrisante du casino municipal.

Ce qui n'était initialement qu'une distraction occasionnelle s'était progressivement transformé en une habitude régulière, puis en une dépendance véritable qu'elle dissimulait avec un soin méticuleux à l'ensemble de son entourage, y compris à son propre fils.

« Je vais simplement rendre visite à mon amie Solange, » prétextait-elle régulièrement, avant de se rendre plusieurs fois par semaine dans l'établissement, où elle avait rapidement accumulé des pertes considérables aux tables de black-jack et de roulette.

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Lorsque ses économies personnelles s'étaient épuisées, Françoise avait commencé à emprunter auprès de connaissances rencontrées dans les cercles de jeu, jusqu'à ce que l'une d'entre elles, une femme d'un certain âge nommée Ghislaine, ne la mette en relation avec Serge Rocca, présenté comme un homme d'affaires discret pouvant « arranger temporairement » ses difficultés financières.

Françoise avait ainsi emprunté, sur plusieurs mois, des sommes croissantes, sans jamais parvenir à rembourser le capital initial, les intérêts pratiqués par Rocca s'avérant proprement usuraires.

« Vous avez jusqu'à la fin du mois, Madame Lambert, » lui avait-il annoncé froidement, lors de leur dernière rencontre dans un café discret du centre-ville d'Annecy. « Au-delà, je transmettrai votre dossier à des associés bien moins patients que moi-même. »

Cette menace à peine voilée avait plongé Françoise dans une angoisse permanente, l'empêchant de dormir normalement, la rendant nerveuse et irritable auprès de sa propre famille, sans qu'aucun d'entre eux ne comprenne réellement la cause profonde de ce changement d'humeur si marqué.

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C'est dans cet état de désespoir grandissant que Françoise avait vu, quelques semaines plus tôt, Nicolas et Juliette constituer méthodiquement leur réserve financière destinée à l'opération de Lily, rassemblant patiemment, billet après billet, la somme nécessaire à l'intervention chirurgicale.

Une somme qui, dans son esprit troublé par l'angoisse et le désespoir, représentait précisément le montant nécessaire pour apaiser, au moins temporairement, la menace terrible qui pesait sur elle depuis des mois.

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« Je rembourserai, » se répétait-elle intérieurement, cherchant désespérément à justifier moralement ce qu'elle s'apprêtait à commettre. « Je trouverai un moyen de remettre cet argent avant que quiconque ne s'en aperçoive. Je ne peux pas laisser cet homme s'en prendre à notre famille. »

Cette rationalisation tordue, nourrie par des mois d'angoisse solitaire et de honte dissimulée, l'avait finalement conduite jusqu'à cette soirée fatidique où elle avait choisi d'ouvrir le coffre familial, ignorant totalement que Juliette, alertée depuis quelques jours par des indices troublants, l'observait discrètement depuis l'ombre du couloir attenant.

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