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chapitre 02 - Le Dessin

Chapter 02 - chapitre 02 - Le Dessin

Le papier céda enfin sous ses doigts précautionneux, révélant un dessin d'enfant tracé aux crayons de cire, légèrement froissé par sa chute dans la corbeille mais parfaitement lisible dans chacun de ses détails soigneusement appliqués, chaque trait témoignant d'heures entières de concentration enfantine dévouée entièrement à cette œuvre.

Trois silhouettes se tenaient par la main au centre de la feuille, dessinées avec cette maladresse touchante propre aux dessins d'enfants de huit ans, mais avec une intention si claire, si évidente, qu'aucune ambiguïté ne pouvait subsister sur leur identité respective.

Thomas, reconnaissable à sa chemise bleue dessinée avec une application particulière, ses cheveux bruns représentés par des traits énergiques. Chloé elle-même, plantée fièrement entre les deux adultes, portant sa robe préférée, celle à fleurs qu'elle réclamait de porter presque tous les dimanches. Et de l'autre côté, une femme aux longs cheveux bruns ondulés, souriante, les yeux dessinés en amande avec un soin particulier, que Thomas reconnut instantanément malgré l'absence de tout mot ou de toute légende explicative.

Émilie. La mère de Chloé. Sa première épouse, emportée trois ans plus tôt par un cancer foudroyant qui l'avait arrachée à leur existence en quelques mois à peine, alors que Chloé n'avait que cinq ans, bien trop jeune pour véritablement comprendre l'ampleur de cette perte au moment où elle s'était produite.

Au-dessus des trois silhouettes, un soleil jaune généreux irradiait ses rayons vers un ciel bleu constellé de petits nuages ronds dessinés avec la maladresse charmante propre à cet âge, et à côté, une maison simple aux contours enfantins, celle-là même où ils avaient vécu tous les trois avant que la maladie ne vienne tout bouleverser irrémédiablement.

Les yeux de Thomas s'embuèrent instantanément. Il passa son doigt, presque tendrement, sur le pli qui traversait désormais le papier, comme s'il pouvait ainsi, par ce simple geste, effacer la marque de cette violence qu'avait subie ce dessin précieux quelques instants plus tôt à peine.

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Chloé, silencieuse à ses côtés, continuait de pleurer doucement, mais son regard, fixé sur son père, semblait chercher une forme de réconfort qu'elle ne trouvait plus les mots pour réclamer directement, se contentant d'observer, avec une intensité presque douloureuse, la réaction de son père face à ce dessin qu'elle avait mis tant de cœur à réaliser.

« C'est magnifique, mon cœur, » murmura enfin Thomas, sa voix tremblant d'une émotion qu'il ne cherchait plus à contenir. « Vraiment magnifique. Tu as fait un travail extraordinaire, Chloé. »

Ces mots simples semblèrent apaiser légèrement l'enfant, qui se rapprocha instinctivement de son père, cherchant le contact physique rassurant dont elle avait tant besoin après le choc qu'elle venait de subir.

Anaïs, debout à quelques pas, sentit son assurance initiale commencer imperceptiblement à vaciller devant cette scène qui prenait, sous ses yeux, une tournure bien différente de celle qu'elle avait anticipée en jetant ce paquet sans même chercher à en connaître le contenu. Son sourire habituel, celui qu'elle maîtrisait à la perfection dans chaque situation mondaine, s'était complètement évanoui, remplacé par une expression qu'elle peinait désormais à contrôler totalement.

Elle n'avait pas su ce que contenait ce paquet. Elle n'avait pas cherché à le savoir, préférant agir sur cette impulsion jalouse qui la rongeait depuis des mois plutôt que de prendre le temps de comprendre ce qu'elle détruisait réellement. Ce geste impulsif, dicté par une jalousie qu'elle refusait obstinément de s'avouer à elle-même depuis le début de son mariage avec Thomas, venait de se retourner contre elle d'une manière qu'elle n'avait absolument pas anticipée en cet instant précis.

Le silence qui régnait désormais dans ce salon baigné de lumière avait quelque chose d'écrasant, seulement troublé par les reniflements étouffés de Chloé et par le clapotis lointain de l'eau du lac contre le ponton privé de la villa, cette même sérénité naturelle qui contrastait cruellement avec la tension palpable qui venait de s'installer entre les trois occupants de cette pièce.

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Thomas se releva enfin, le dessin froissé toujours serré entre ses mains, avec cette délicatesse qu'on réserve habituellement aux objets les plus précieux, ceux dont on sait qu'ils ne pourront jamais être remplacés, quelle qu'en soit la valeur matérielle réelle.

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Il se plaça immédiatement devant sa fille, comme un rempart naturel et instinctif, son corps tout entier orienté vers Anaïs avec une détermination nouvelle que celle-ci ne lui avait jamais connue au fil de leurs deux années de mariage, cette même détermination protectrice qu'il aurait probablement dû manifester bien plus tôt, dès les premiers signes de tension entre sa fille et sa nouvelle épouse.

Chloé, derrière lui, agrippa son bras de ses deux mains, se collant contre son flanc comme pour puiser dans cette proximité une sécurité qu'elle avait momentanément crue perdue, ses petits doigts serrant le tissu de la chemise paternelle avec une force qui trahissait toute l'ampleur de sa détresse encore présente.

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